Humour sans frontières

Corinne Laberge
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Humour sans frontières

Une femme humoriste, immigrante, qui n’a pas peur des mots et qui a osé intituler son dernier spectacle Arabe et cochonne bio, il n’y a qu’un seul spécimen rare: Nabila Ben Youssef. Entretien avec une personnalité drôle, colorée et affranchie, une figure montante du paysage artistique d’ici.

«Je ne suis pas raisonnable, mais très accommodante», prévient en souriant Nabila à propos de la question de l’intégration des nouveaux arrivants, un sujet chaud parmi tant d’autres qu’elle n’hésite pas à aborder dans son spectacle solo. Ceux qui ont eu la chance d’attraper le cours extrait qu’elle a présenté à l’occasion du dernier lancement de saison de la Salle Pauline-Julien, savent d’emblée que l’humoriste d’origine tunisienne ne se conforme ni à la masse, ni à la langue de bois, ni aux clichés, qu’elle entend bien déboulonner. Pourquoi se plaindre du pire, alors qu’on peut s’en servir pour faire rire et réfléchir?

«Mon parcours a été, mon dieu, assez long et différent, commence Nabila Ben Youssef. Il y a une réflexion qui s’est effectuée lentement, car j’ai évolué au fil du spectacle tout comme le public a évolué avec moi. J’ose aujourd’hui dire des choses que je ne me serais même pas permis de penser auparavant! J’aborde des thèmes qui, comme la religion, la politique et la sexualité sont de grands tabous chez moi, avec beaucoup plus d’assurance maintenant. J’ai la chance de vivre dans un pays qui encourage la liberté d’expression, alors j’en profite pour aller plus loin et susciter une réflexion», observe celle qui a gradué de l’École nationale de l’humour de Montréal en 2002.

Par la porte de l’humour

«J’ai réalisé, parmi les étudiants de ma classe, que plusieurs ignoraient tout de ma culture et entretenaient certaines idées préconçues. Les immigrants, les problèmes d’intégration, le 11 septembre 2001; les idées de numéros sont apparues au fur et à mesure que les événements d’actualités sont survenus. J’ai compris que l’humour désamorce certains sujets qui, à la base, ne sont pas drôles du tout. C’est urgent et essentiel en ce moment de rapprocher les cultures, d’enlever un peu de peur et c’est souvent en riant que la réflexion passe plus facilement», estime la jeune femme, qui réside au ici depuis maintenant 12 ans.

Assistée de Pierre Sévigny à l’écriture des textes, Nabila met de l’avant des monologues sans équivoques, dans lesquels elle compare sa Tunisie natale et son Québec d’adoption avec un humour teinté de lucidité. «Les femmes maghrébines sont, en général, très coquines et ricaneuses, même si elles n’ont pas la possibilité de développer ce côté de leur personnalité. Les gens apprécient l’audace et aiment parler librement, mais paradoxalement, ce sont les sujets dont ils ont le plus de difficulté à traiter qui les font le plus rire!», remarque l’humoriste, qui confie apprécier la capacité d’autodérision du public québécois. «Ça me fait chaud au cœur de voir que les gens sont capables de rire d’eux-mêmes et de prendre les blagues au second niveau. Je suis très reconnaissante envers eux pour cette grande ouverture d’esprit et je suis heureuse que l’humour m’ait permis de mieux les comprendre et de m’en rapprocher», conclut Nabila Ben Youssef.

Nabila Ben Youssef présentera Arabe et cochonne bio à la Salle Pauline-Julien le mercredi 26 novembre prochain, à 20h. Infos: 514 626-1616.

Organisations: École nationale de l’humour de Montréal

Lieux géographiques: Tunisie, Québec

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