Les ruptures de services touchaient 24 écoles en tout dans la commission scolaire le 2 décembre dernier. 22 établissements manquent d'orthophonistes, et six écoles manquent de psychologues. Également, la CSMB a besoin de psychoéducateurs, mais la pénurie est moins marquée, il manque l'équivalent de 1,8 poste.
Le manque d'effectifs touche particulièrement les élèves ayant besoin de services en orthophonie. Selon Sylvie Léonard, aux communications de la CSMB, la pénurie actuelle est variable, car elle est due à l'absence de certains professionnels, partis en congé sans solde, malades ou en congé de maternité.
«Il y a un manque d'orthophonistes et de psychologues au niveau du Québec» note Diane Jacques, présidente du syndicat des professionnels (les) des commissions scolaires de l'ouest de Montréal. «En orthophonie par exemple, il y a plusieurs professionnelles qui sont de jeunes femmes qui ont des enfants. Il y a donc beaucoup de personnes en congé de maternité. Nous avons de la difficulté à combler les postes de remplacement.» Selon elle, il n'y a aucun homme orthophoniste dans les trois commissions scolaires francophones de Montréal, que ce soit à la CSMB, à la commission scolaire de Montréal ou à la commission scolaire de la Pointe de l'Ile.
À la CMSB, il est plus facile de recruter des professionnels dans les secteurs mieux desservis par les transports en commun. Les orthophonistes, comme les autres professionnels en milieu scolaire, doivent se déplacer d'une école à l'autre plusieurs fois par semaine. «Malheureusement, l'ouest [de Montréal] est souvent ciblé par la pénurie actuelle. Les orthophonistes sont souvent assez jeunes, dans ces cas-là, ils n'ont pas de voitures, ils ont des jeunes familles. Pour eux, le transport dans l'ouest n'est pas évident», explique la directrice adjointe du réseau 1 des écoles primaires et préscolaires à la CSMB, Louise Gaudreault. Diane Jacques est également de cet avis. «La question des transports n'aide pas dans l'Ouest-de-l'Île. Les gens n'ont pas envie de faire comme ce matin et de ce déplacer dans le trafic et la neige. Alors, ils vont ailleurs, les besoins et les manques sont partout de toute façon.»
Évaluations en rafale«La pénurie actuelle est une crise, et ce problème perdure depuis des années, en dépit des démarches qu'a réalisé la commission scolaire (Marguerite-Bourgeoys) pour recruter», note la présidente du Syndicat de l’enseignement de l’ouest de Montréal, Andrée Aubut. Certains enfants n'ont pas encore été évalués cette année en orthophonie, et le seront seulement en janvier 2009. En attendant, sans évaluation précise, il est impossible de déterminer et de mettre en place les mesures de soutien nécessaires à leur développement scolaire.
La CSMB se démène comme elle peut avec cette situation, et a lancé un blitz d'évaluations pour les prochaines semaines. «Les évaluations jugées prioritaires, on les a faites, nous sommes allés en sous-traitance», explique Louise Gaudreault. «Il s'agit souvent d'orthophonistes privés et qu'on a payés, lorsqu'on pense qu'un enfant doit aller dans une classe de langage. Pour les autres, les jeunes qui n'ont pas eu de suivi direct en orthophonie, nous leur avons offert des services d'orthopédagogie au moins, pour aider dans le cheminement scolaire.»
Problème nationalLa pénurie d'orthophonistes touche tout le Québec, comme la plupart des pénuries des professions de la santé. Contrairement aux infirmières ou aux médecins par contre, cette pénurie est le résultat de l'augmentation de la demande, qui a explosé, selon l'expression de Marie-Pierre Caouette, présidente de l'Ordre des orthophonistes et audiologistes du Québec. «Dans la dernière décennie, on a doublé le nombre d'orthophonistes. En fait, il y en a jamais eu autant sur le marché», note-t-elle. «Le milieu scolaire souffre beaucoup ces années-ci de la pénurie, c'est vrai. Au début des années 1980, le gros employeur des orthophonistes, c'était les commissions scolaires. Aujourd'hui, les CLSC et les centres de réadaptation en embauchent aussi. Les plus jeunes vont de plus en plus vers la pratique privée.» La tâche en milieu scolaire est titanesque. Marie-Pierre Caouette a travaillé dans le domaine, elle avait 23 écoles à voir, et une charge de 3 jours semaine. À ce compte, le professionnel se borne souvent à faire l'évaluation de l'élève et à laisser l'intervention aux techniciens. «Cette réalité peut être rebutante pour les professionnels qui cherchent à concilier travail et famille et qui voudraient faire plus d'intervention avec les élèves.»



