L’hypocrisie à la québécoise

Toula Foscolos
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Mon père est arrivé au Québec en 1959 avec une valise et quelques dollars en poche. Même ses vêtements étaient usagés. Son premier job était celui de laveur de vaisselle dans un restaurant et une affiche au-dessus de l’évier disait : «You break a dish, I break your head» (tu casses de la vaisselle, je te casse la gueule).

Toula Foscolos

Il ne parlait ni français ni anglais, mais travaillait fort, était ambitieux et possédait cette détermination de l’immigrant qui sait qu’il ne peut regarder derrière lui.  Son «modus operandi» était simple : tu fais du fric, tu élèves une famille, et tu te bâtis une maison et une vie.

Mon père habite ce pays depuis 53 ans et son nom, comme celui de Djemila Benhabib, donnerait aussi certainement du fil à retordre au maire de Saguenay, Jean Tremblay. Mais croyez-vous que mon père ait aussi son mot à dire sur les politiques gouvernementales qui affectent sa vie?

Personne n’a à me rappeler que les propos racistes et insignifiants du maire Tremblay ne représentent pas l’avis de la majorité des Québécois. J’étais heureuse de constater la quantité de critiques qui ont afflué après ses commentaires. J’ai été, par contre, atterrée par ceux qui se sont portés à son secours et qui tentaient de justifier ses dires. Je pense qu’il est grand temps que nous cessions de nous mettre la tête dans le sable et que nous puissions avouer que nous avons nous-mêmes un problème.

La xénophobie n’est certainement pas un problème uniquement propre aux politiciens rétrogrades d’Hérouxville ou de Saguenay. Elle refait toujours surface quand le climat politique s’y prête bien.

Cette volonté aveugle de «protéger» l’héritage culturel du Québec est doublement insultante. Premièrement, elle implique le fait que la culture de cette province est tellement fragile qu’elle a constamment besoin d’être protégée des «invasions barbares», et secundo, elle encourage une politique à la carte où le gouvernement choisit ce qui est réglementaire et ce qui ne l’est pas.

Le Québec n’avancera jamais et n’atteindra jamais sa pleine maturité avec une politique passéiste du genre «premier arrivé, premier servi».

Ces réglementations sont hypocrites et inconséquentes. On peut difficilement limiter la visibilité de certains symboles religieux, alors qu’une énorme croix trône sur le mont Royal et qu’une autre pend au mur de l’Assemblée nationale. Si l’on veut enseigner les vertus de la laïcité, il faudrait que ce soit tout ou rien. Ce n’est plus une société laïque, c’en est une discriminatoire!

En tant qu’athée, je crois en la séparation de l’Église et de l’État, mais je n’ai pas de problème avec les symboles religieux. Votre foi n’affecte pas ma vie. Si certains sont outrés par ces symboles, cela en dit davantage sur eux-mêmes que sur ceux qui les offensent.

Malheureusement, la récente proposition du PQ a davantage créé un environnement toxique et un terrain fertile aux déclarations malheureuses comme celles du maire Tremblay.  Ce dernier est devenu le bouc émissaire des partis politiques et de leurs plates-formes électorales.

Mais la vérité est la suivante : alors que la majorité des Québécois vivent en paix les uns avec les autres, un racisme rampant subsiste et on doit lui faire face une bonne fois pour toutes.

Il est absurde que des immigrants soient courtisés parce que le taux de dénatalité est si élevé ici, pour être ensuite pris à partie parce qu’ils n’agissent pas ou n’ont pas l’air de ceux qui était là avant eux.

Le Québec n’avancera jamais et n’atteindra jamais sa pleine maturité avec une politique passéiste du genre «premier arrivé, premier servi».

La tolérance et l’ouverture aux autres cultures ne signifient aucunement le rejet de sa propre identité.

  

Organisations: Assemblée nationale, Église, PQ

Lieux géographiques: Saguenay, Djemila Benhabib, Québec Mont Royal

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