Oh merde! Ils m’ont pincée!

Toula Foscolos
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La semaine dernière, Lise Ravary du Journal de Montréal dénonçait dans sa chronique un commentaire du péquiste Jean-François Lisée.

Toula Foscolos

Au sujet de l’immigration au Québec, M. Lisée a déclaré : «Un Chinois de Shanghai qui connaît le français ne devrait pas être égal à un type de Bordeaux en France, aux yeux des autorités de l’immigration.»

Selon ce raisonnement, quelqu’un dont la langue maternelle est le français, non seulement s’intégrera plus facilement qu’un Chinois, mais il vivra en français. Ce qui laisse croire que ceux dont la première langue n’est pas le français ne font que prétendre s’intégrer. Oh merde! Ils m’ont pincée!

Il y a beaucoup de choses à dire sur ce commentaire. Mais d’abord, permettez-moi de faire ce que je ne fais pas souvent : défendre Lisée. Jusqu’à un certain point, je comprends ce qu’il essaie de dire. Si le but premier du gouvernement du Québec est la préservation de la culture française, il est logique de prétendre que quelqu’un qui parle déjà la langue, 24 heures par jour/sept jours sur sept, sera un meilleur candidat que quelqu’un qui «baragouine» le minimum possible de français pour réussir le test de l’immigration et obtenir son passeport canadien. Je comprends le réflexe de croire que cela est vrai parce que cet argument rend la vie beaucoup plus simple. Si on prend A, on obtient B. Pas de surprises, pas de défections en Ontario après un an, pas de perte d’investissements.

Après tout, l’accord Canada-Québec en matière d’immigration fut combattu et obtenu pour exactement ces mêmes raisons.

Malheureusement, si l’on examine ce qui s’est produit depuis que le Québec exerce ses pleines responsabilités en immigration, les résultats sont plutôt troublants et les arguments de M. Lisée tombent à plat.

Les statistiques du recensement de 2001 indiquent clairement deux tendances : premièrement, le Québec a beaucoup de difficultés à recruter tous les immigrants dont il aurait besoin pour contrecarrer son important taux de dénatalité, et secundo, le taux de chômage chez les non immigrants est considérablement plus élevé au Québec qu’en Ontario (21,9% contre 13% en Ontario). En fait, l’écart entre le chômage chez les immigrants et le chômage chez les non immigrants est de 4,5% au Québec, 1,4% en Ontario et 0,4% en Colombie-Britannique.

Ces écarts sont suffisamment importants pour que l’on se pose de sérieuses questions sur non seulement l’efficacité de nos politiques en matière d’immigration, mais également sur l’état de santé de nos politiques d’intégration sociale.

C’est tentant de croire que des solutions simplistes régleront un problème complexe. Il est utopique de croire que tout ce qui nous reste à faire est de prendre le contrôle de nos affaires, chercher des gens qui parlent comme nous, les inviter et les intégrer.

Patrick Grady, un ancien cadre du ministère fédéral des finances posait cette question : «Est-ce que le gouvernement (du Québec) a choisi de sacrifier l’employabilité au profit d’une immigration francophone?»

Si trouver des immigrants qui parlent français est un problème, jusqu’à quel point il est compliqué d’en trouver dont la langue maternelle est le français?

La question se pose parce qu’avec notre taux de dénatalité, la vitalité économique de notre province dépendra de notre capacité à arriver aux bonnes conclusions.

Selon une étude de la Commission des droits de la personne du Québec de mai de cette année, près de 40% des candidats dont les noms de famille sonnent québécois ont pu obtenir une entrevue pour un emploi contre 22,5% pour ceux dont les noms ont l’air étranger.

L’argumentaire de M. Lisée est erroné et la réalité est celle-ci : même si vous venez d’un pays francophone comme le Sénégal et que votre nom de famille est Ben Amin, vous peinerez davantage pour obtenir une entrevue et par le fait même un emploi.

C’est tentant de croire que des solutions simplistes régleront un problème complexe. Il est utopique de croire que tout ce qui nous reste à faire est de prendre le contrôle de nos affaires, chercher des gens qui parlent comme nous, les inviter et les intégrer.

Nombre d’études suggèrent que le vrai problème ne réside pas dans les niveaux d’aptitudes (notamment linguistiques) des nouveaux arrivants, mais bien dans la façon dont ces aptitudes sont intelligemment utilisées sur le marché du travail.

En bout de ligne, qu’une personne immigrante provienne de Shanghai ou de Bordeaux n’a pas d’importance (et cela ne devrait pas en avoir), parce que si nous ne misons pas sur ce qu’elle a à offrir et si nous sombrons dans les stéréotypes, aussi bien fermer les frontières et cesser de faire semblant qu’elles sont ouvertes. 

Organisations: Commission des droits de la personne du Québec

Lieux géographiques: Québec, Shanghai, Bordeaux Ontario France Colombie-Britannique Sénégal

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