Les ayatollahs du sein

Toula Foscolos
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Je ne devrais pas à avoir à défendre l’allaitement naturel en public en 2012, mais voilà que j’aurai de nouveau à le faire.

Toula Foscolos

Récemment, une discussion enflammée a fait irruption sur la page Facebook de l’un de mes amis lorsque celui-ci a demandé si un homme avait raison d’être contrarié par le fait que sa femme se soit mise à allaiter leur enfant durant un match de l’Impact de Montréal. Les réponses ont fusé plus rapidement qu’un ballon de soccer.

Certains arguaient que c’était là le choix personnel de cette femme; d’autres s’interrogeaient sur l’éthique sociale d’un tel geste. N’aurait-elle pas pu laisser l’enfant à la maison ou le nourrir au biberon ou se retirer momentanément à la toilette? J’étais littéralement atterrée par la tenue d’un tel débat.

Réglons la chose une bonne fois pour toutes : l’allaitement est un mode d’alimentation. Il n’y a là rien de controversé, de compromettant ou de pornographique.

L’Organisation mondiale de la santé, Santé Canada et la Société canadienne de pédiatrie ne peuvent être plus clairs sur le sujet : l’allaitement naturel est la méthode d’alimentation la plus bénéfique pour l’enfant sur les plans physiologique et psychologique.

Au Canada, 90% des nouvelles mamans (le pourcentage est plus élevé chez les femmes détenant un diplôme postsecondaire) débutent l’allaitement de leur enfant dès la naissance. Après trois mois, seule la moitié d’entre elles continuent à le faire sans utiliser une autre méthode. L’American Academy of Pediatrics explique ces chiffres par le manque de soutien de la communauté envers les mères. Même si j’avoue que plusieurs facteurs peuvent contribuer à cette baisse, il est justifié d’entamer une réflexion sur la stigmatisation de cette pratique.

«Gross»? Quelle distorsion culturelle peut être à la source d’une telle réaction dans un monde où le corps de la femme est si souvent montré pour des raisons purement commerciales, alors que quelque chose de si naturel et de si pur offusque?

Il y a quelques années, les éditeurs de la revue US BabyTalk ont reçu nombre de plaintes au sujet de la couverture d’une de leurs éditions qui illustrait un poupon se faisant allaiter par sa mère. Même si l’image ne dévoilait aucun mamelon, des lecteurs qualifièrent la photographie de «gross» (grossière).

«Gross»? Quelle distorsion culturelle peut être à la source d’une telle réaction dans un monde où le corps de la femme est si souvent montré pour des raisons purement commerciales, alors que quelque chose de si naturel et de si pur offusque?

Les mères qui allaitent exhibent pourtant bien moins leur corps que les célébrités sur un tapis rouge, alors que ces dernières le font à la télévision nationale et les premières devant à peine quelques individus.

Le marketing fait de la femme un objet à convoiter et à désirer, mais quand celle-ci utilise sa poitrine pour ce à quoi elle sert naturellement, cela choque ceux qui associent les glandes mammaires à la sexualité.

Il est grand temps que les ayatollahs du sein en reviennent…

 

 

Organisations: Organisation mondiale, Santé Canada, Société canadienne de pédiatrie American Academy of Pediatrics

Lieux géographiques: Canada

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