Offensé? So what?...

Toula Foscolos
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Quand un film amateur de qualité douteuse fut présenté, en juillet dernier, en Californie, personne ne s’en soucia, à part peut-être la mère du réalisateur et les acteurs impliqués.

Toula Foscolos

Cependant, quelques jours après la diffusion sur YouTube de sa version doublée en arabe et sa promotion sur un blogue chrétien de droite, tout a sauté. Quatre Américains, dont un ambassadeur, furent abattus lorsque des militants attaquèrent un consulat américain en Libye. Quelques jours plus tard, quatre militants étaient tués et une trentaine d’autres blessés au Yémen.

Depuis, quantité d’éditoriaux ont été écrits sur le sujet, s’interrogeant sur la présence de ce film fallacieux et remettant en question la liberté illimitée d’expression.

Mais ce débat n’en est pas un sur la liberté d’expression; il porte essentiellement sur la censure. Il concerne ces chrétiens et musulmans fondamentalistes qui décident de ce qui est acceptable ou non et ce, selon les diktats de leur foi. Leur opinion est la seule possible. Toute critique est inacceptable.

On ne peut tolérer d’être pris en otage par des fanatiques émotifs et réactionnaires qui entrent en crise chaque fois que quelqu’un fait un commentaire désobligeant sur leur religion.

Quelques fanatiques réclament actuellement l’extinction complète de toute remise en question de leur conception de la vie. Ces gens qui se réclament d’une religion de paix, mais réclament la décapitation de ceux qui la remettent en question. D’autres, comme le pasteur américain Terry Jones, se font du capital politique en calomniant le Coran.

Les chroniqueurs qui estiment qu’il faut trouver un juste milieu entre la liberté d’expression et la liberté de religion, sont à côté de la coche. La liberté de religion ne signifie rien d’autre que de pratiquer sa religion sans obliger les autres à faire de même.

Notre liberté d’expression est prise en otage à cause du fait que nous nous efforçons de ne pas froisser des extrémistes. Des extrémistes ne représentant qu’une infime minorité d’un vaste groupe de chrétiens et de musulmans pacifiques.

Est-ce que notre autocensure servira la cause de la paix dans le monde? Est-ce que cela réduira la violence et les fatwas? Y en a-t-il encore qui croient que les violences perpétrées en Libye, le 11 septembre dernier, étaient uniquement motivées par un petit film tendancieux? Ou croyons-nous plutôt que cela a servi de prétexte à des extrémistes pour provoquer de la violence?

On ne peut tolérer d’être pris en otage par des fanatiques émotifs et réactionnaires qui entrent en crise chaque fois que quelqu’un fait un commentaire désobligeant sur leur religion.

L’auteur Sam Harris, dans son livre «On the Freedom to Offend an Imaginary God» (Sur la liberté d’offenser un dieu imaginaire), écrit que «la religion n’est prétexte à la violence politique que lorsque plusieurs millions de personnes croient réellement à ce qu’ils disent croire : soit que des crimes imaginaires comme le blasphème ou l’apostasie sont punissables de mort.» Mais avant que la moquerie ne fuse de notre Amérique civilisée, laissez-moi vous rappeler qu’il fut un temps où le blasphème était aussi punissable de mort dans le monde chrétien.

Les promoteurs de la liberté d’expression et de la démocratie sont-ils censés s’aplatir devant des extrémistes religieux qui ne font rien d’autre que de manufacturer les insultes contre leur propre religion pour maintenir le niveau de rage de leurs partisans?

Sommes-nous censés fermer les yeux pendant que l’honneur d’un prophète est plus important aux yeux d’une minorité que la vie d’innocentes victimes? Que sommes-nous en train de perdre dans ce compromis? Qu’allons-nous sauver en tentant d’acheter cette paix illusoire?

Défendre le droit d’un cinéaste à sa liberté d’expression ne signifie pas que l’on approuve le contenu de ses films. Salman Rushdie, qui en connaît un bout sur les fatwas, disait récemment dans une entrevue : «Rien ne devrait être censuré».

La liberté d’expression est présentement menacée par une minorité d’extrémistes religieux. Il est grand temps que les éléments modérés de notre monde se lèvent pour isoler ces extrémistes et confirmer, une bonne fois pour toutes, que ces derniers ne sont pas représentatifs de leur religion et de leur peuple.

Organisations: Groupe de chrétiens et de musulmans pacifiques

Lieux géographiques: Libye, Yémen

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