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L’Île-Bizard enterre un fils

L’Île-Bizard enterre un fils

L’Île-Bizard enterre un fils

Marie-Claude Simard
Publié le 28 Juillet 2007
Publié le 19 Février 2010
Marie-Claude Simard

Le Ti-Cul du village

Il suffit de s’asseoir, le temps d’une glace à la crémerie de L’Île-Bizard, pour comprendre qu’un esprit communautaire unique anime la région. En fait, le centre de l’île demeure un véritable village, avec son clocher, sa place publique et son Ti-Cul.

Sujets :
Budweiser , Québec , L’Île-Bizard

Malheureusement, Ti-Cul, de son vrai nom Francis Proulx, est mort samedi dernier, justement dans le stationnement devant l’église. On l’a poignardé derrière les sapins, il s’est traîné jusqu’au poteau de téléphone en face de la friterie, et s’est vidé de son sang sur l’asphalte. À cet endroit, un monument a été érigé. Des fleurs, un drapeau du Québec, un Bart Simpson en peluche, des dessins et quelques canettes de «Budweiser». Mais lorsque le vent aura démantelé ce fragile cénotaphe, c’est une structure plus imposante qui prolongera le souvenir de Ti-Cul au centre de L’Île-Bizard: la toiture de Léonie Sénécal. «J’ai perdu mon couvreur», déplore l’aïeule qui se berce sur sa véranda. «C’était un gars très adroit, il pouvait tout faire», poursuit-elle.

Ce ne sont pas les épithètes qui manquent pour décrire le défunt: un homme généreux, un magicien, un bon samaritain, un bélier, un buveur de Bud, un maudit bon gars. Il ne suffisait que de passer quelques minutes près du poteau fleuri cette semaine, pour qu’amis et voisins se chargent de faire un portrait louangeur de Ti-Cul. «Tout le monde le connaissait, l’église va être pleine samedi à ses funérailles», affirme une passante.

Mardi soir dernier, après le souper, Ti-Mère et Ti-Père étaient là, en face de la friterie. Elle, Marielle Proulx, faisait un peu de ménage sur l’épitaphe de son fils. «Il n’y a pas de canette de bière ici», disait-elle avec fermeté. Oscillant entre la force et la détresse, la mère courageuse faisait signer une pétition contre le flânage sur la place publique, tout en essuyant de grosses larmes qui roulaient sur sa joue. Marcel Proulx , de son côté, racontait sa visite à la morgue pour identifier le corps de Francis. «Il était bien beau », confia-t-il, les yeux pleins d’eau.

Il ne faut pas se leurrer, ce n’est pas parce que Ti-Cul était enfant de chœur, qu’il a passé tant d’heures près l’église. «Il a fait le parking, comme tous les jeunes de l’Île», admet Ti-Père. «Il a eu ses déboires avec la police», affirme le commandant du poste de quartier. Il aimait boire et consommait de la drogue. «Mon fils avait le cœur sur la main, il n’était pas violent, il ne méritait pas de mourir d’une mort si sauvage», déclare Ti-Mère, le cœur chaviré. Bien qu’il soit attendu de toute mère de défendre son fils, seule Marielle Proulx peut se vanter d’avoir mis au monde le Ti-Cul du village.

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