Lettre ouverte à Mario Dumont
Au printemps 2000, un groupe de parents en colère a assisté à une réunion de la Commission scolaire Lester B. Pearson. Ils avaient apporté une pile de bulletins d’école (d’une épaisseur comparable à deux bottins téléphoniques) et ont dit au président de la Commission qu’il pouvait les garder, parce qu’ils ne les comprenaient pas. Ils lui ont demandé de remédier au problème.
Le président, Marcus Tabachnick, leur a dit de ne pas s’en faire, et a promis de trouver une solution sous peu.
Mercredi dernier dans La Presse, le Journal de Montréal, Le Devoir et The Gazette, des publicités sont apparues. Elles provenaient de la Fédération des Syndicats de l’enseignement et de l’Association provinciale des enseignants du Québec – la voix de 75 000 professeurs francophones et anglophones.
Ils demandent du changement: «Réformez la réforme avant qu’il ne soit trop tard! Plus d’apprentissages, moins d’évaluations! Clarifiez les bulletins!»
Bien que le fiasco du conseil d’agglomération de Montréal n’ait pas vraiment affecté ma communauté de l’Ouest-de-l’Île, c’était rafraîchissant de lire que vous avez tenu votre promesse électorale de rencontrer les maires des villes reconstituées.
Comme vous êtes maintenant le chef de l’opposition, j’ai hâte de vous voir tenir vos autres promesses, comme d’abolir les commissions scolaires et d’adopter une approche plus axée sur la famille dans la gestion de nos écoles publiques.
En tant que professeur retraité, je souhaite présenter mon point de vue sur la situation.
Quebec Community Group Networks (QCGN) est un regroupement composé de 23 organismes communautaires de langue anglaise. Au début mars, ils ont diffusé un document qui résumait les plateformes des partis. En voici un extrait:
«Mario Dumont s’est engagé à abolir les commissions scolaires et à réinvestir les montants ainsi épargnés dans les écoles et leurs élèves.»
L’idée a suscité des réactions mitigées, particulièrement de la part de ceux qui s’inquiètent que cela nuise aux intérêts des anglophones. Dumont a rassuré les anglophones, affirmant que leur système de commissions scolaires ne serait pas menacé par un tel plan, malgré les mises en garde alarmistes du premier ministre Charest.
À présent, jugez de la réponse du Parti ibéral à la question du QCGN, posée avant les élections, concernant l’éducation anglaise:
«Nous continuons à travailler en collaboration étroite avec l’Association des Commissions scolaires anglophones du Québec (ACSAQ). Comme M. Charest l’a souligné durant la campagne, contrairement à l’ADQ, nous croyons à l’importance du rôle des commissions scolaires anglophones au Québec. Elles sont les mieux placées pour relever les défis auxquels font face les écoles anglophones et leurs communautés.»
J’ai de sérieuses réserves par rapport à cette alliance apparente. Les commissions scolaires sont des structures bureaucratiques et doivent être apolitiques. Lorsque l’on considère les remarques désobligeantes que M. Tabachnick a formulées à l’endroit de l’ADQ avant l’élection, il devient évident qu’elles sont loin de l’être.
Le 29 novembre 2006, The Chronicle publiait une lettre à l’éditeur signée par M. Tabachnick ayant pour titre «Dumont: faites vos devoirs».
Par la suite, en conférence de presse, il déclarait: «Les étudiants et les communautés souffriraient de la proposition mal conçue de l’ADQ» et «le plan est inutilisable et antidémocratique ».
M. Tabachnick doit réaliser que les temps ont changé. Partout au monde, les commissions scolaires se voient revamper parce qu’elles se sont révélées être des intermédiaires inutiles et dispendieuses. Regardez la Nouvelle-Zélande et les Pays-Bas avec leur approche de «l’argent qui suit l’enfant». Chicago, New York, Détroit, Washington, le Nouveau-Brunswick sont d’autres exemples. Jetez un œil à ce qui se passe en Alberta.
Les commissions scolaires anglophones de Montréal sont des bureaucraties éducatives coûteuses, autocratiques, qui ne répondent de personne, surtout pas du gouvernement actuel. Le système de prise de décision n’est pas démocratique. Il y a un besoin criant de changements fondamentaux.
Au fait, la Commission scolaire du district de Toronto comprend environ 280 000 étudiants, 1,4 million d’électeurs et seulement 22 commissaires scolaires. Cela contraste avec le Québec et ses 186 commissaires du secteur anglophones, représentant approximativement 90 000 étudiants. Pourquoi a-t-on besoin d’autant de commissaires?
Étant donné le nouveau paysage politique, j’espère que les Libéraux au pouvoir seront fortement influencés par les orientations adéquistes concernant le système d’éducation au Québec. Il est temps de redonner les écoles aux communautés – les parents, enseignants, directeurs d’écoles, le personnel d’entretien et de support. Ce sont eux qui savent ce qui est dans le meilleur intérêt des étudiants.
Le gouvernement libéral doit protéger nos écoles, pas les commissions scolaires.
Chris Eustace
Pierrefonds