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Funambules recherchent filet

Les 20 ans du centre de crise de l'Ouest-de-l'Île

Marie-Hélène Verville par Marie-Hélène Verville
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Article mis en ligne le 18 mai 2007 à 15:17
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Funambules recherchent filet
Lise Lacasse travaille au Centre de crise de l'Ouest-de-l'Île depuis les débuts. Photo: Jacques Pharand
Funambules recherchent filet
Les 20 ans du centre de crise de l'Ouest-de-l'Île
Au centre-ville, un jeune homme marche seul dans la rue sans se soucier des voitures. Il ne les voit plus, ni ne les entend. Il a perdu contact avec la réalité.
Nous sommes en juillet 2005, et le fils d'Audrey (nom fictif) fait sa première psychose. La crise est sévère. Quelques semaines plus tard, le diagnostic tombe: il souffre de schizophrénie. Les épisodes psychotiques n'attentent pas les heures normales de bureau, et une crise peut survenir à n'importe quand.

«Au début surtout, j'ai beaucoup utilisé la ligne 24 heures du centre de crise. Par exemple, lorsque mon fils était dans un état psychotique dans le jardin aux petites heures du matin», se rappelle-t-elle. «Il semblait avoir d'autres personnes que lui dans son corps, à ce moment. Parler avec les gens du centre m'a aidé à prendre une décision sur l'action à entreprendre, de façon immédiate.»

L'organisme dont cette dame parle, c'est le centre de crise de l'Ouest-de-l'Île. En plus de gérer une ligne d'aide téléphonique 24 heures, le centre offre des places d'hébergement à court ou à moyen terme. Ce centre fait partie des rares services en santé mentale qui gèrent les moments de crise. L'organisme fête cette année vingt ans d'existence. Leur action est pourtant peu connue du grand public.
Soutien ponctuel
Le centre de crise est fait, justement, pour aider lors d'une crise et faire en sorte que la personne ne se retrouve pas dans un état plus grave, à l'hôpital. «Comme je dis souvent, ce n’est pas parce qu'on a un cancer que l'on ne peut pas attraper un rhume», affirme le directeur de l'établissement de l'Ouest-de-l'Île, François Sainte-Marie. La crise peut venir à cause d'une perte amoureuse, d'un deuil… Parfois, le déclencheur est l'actualité, tout simplement. «Par exemple, nous recevons de temps en temps une dame qui a tendance à prendre les péchés de l'humanité sur ses épaules. Après le 11 septembre, elle nous a appelés, elle sentait que c'était de sa faute», explique monsieur Sainte-Marie. Le séjour est libre, les gens qui s'y présentent ne doivent pas représenter un danger pour eux ou les autres.
Une vocation
Qu'est-ce qui fait le succès d'un organisme comme celui-ci? Surtout les intervenants. Il y a une équipe sur place au centre de séjour, une personne au téléphone et une équipe mobile qui se déplace dans la communauté. «Il faut avoir la vocation», affirme le directeur. L'exemple parfait s'appelle Lise Lacasse, elle travaille comme intervenante au centre de crise depuis les débuts. Elle en sait long sur la souffrance humaine, sous toutes ses expressions. «Je reste parce que je crois vraiment en ces personnes-là. Je crois qu'ils sont capables d'améliorer leur qualité de vie s'ils reçoivent le support adéquat.»
D'hier à aujourd'hui
Madame Lacasse travaille au centre depuis 20 ans. Qu'est-ce qui a changé dans la pratique? «Certaines choses ont changé avec le temps, pas toujours pour le mieux, malheureusement. Par exemple, la dépendance aux drogues, beaucoup plus présente et à des degrés plus sévères qu'avant», note l'intervenante.
Depuis quelques années, trouver des logements adéquats et à prix abordable est une croisade de plus en plus difficile. La hausse du prix des loyers dans l'Ouest-de-l'Île a compliqué les choses. Les ressources spécialisées, comme l'Île des amis à Pierrefonds-Roxboro, ne suffisent pas. «De plus, il n'y a pas d'organismes d'hébergement temporaires pour hommes ici, dans l'Ouest-de-l'Île. Il existe un refuge pour les femmes violentées, mais c'est tout», se désole Lise Lacasse.
Vers des services de première ligne
Pour la petite histoire, c'est le ministère qui a créé ces centres, il y a 20 ans. «Vous allez rire, mais les centres ont été mis sur pied à l'époque pour désengorger les urgences», explique François Sainte-Marie, le sourire en coin. En ces temps de désinstitutionnalisation, les urgences étaient souvent le seul endroit où se retrouvaient les âmes en peine, maniaco-dépressifs et autres, au moment d'une crise. Aujourd'hui, le centre de crise cherche à créer un nouveau service, soit des services de première ligne ou des thérapies de courte durée, par exemple. L'objectif: vers la fin de l'année 2007, ou au début 2008.

Selon François Sainte-Marie, les services de première ligne en santé mentale ne sont pas assez présents au Québec, contrairement aux services de seconde ligne. On nomme seconde ligne les services qui sont offerts aux maladies plus sévères, qui demandent un suivi serré, et des approches thérapeutiques spécialisées, comme pour ceux qui souffrent de troubles de la personnalité. Or, en traitant rapidement une personne en détresse, il y a moins de chances qu'elle ait besoin des services dits de seconde ligne.

Ce changement souhaité dans le petit établissement de l'Ouest-de-l'Ile reflète le virage qui a lieu présentement au Québec dans les soins en santé mentale, où l'accent est mis sur les services de première ligne, qui est la porte d'entrée dans le système de santé. L'accès aux soins en serait amélioré, selon les ténors de la réforme.
Un centre pour qui?
Les gens qui se retrouvent au centre de crise ne sont pas nécessairement tous aux prises avec des problèmes persistants, comme la schizophrénie. «Ici, c'est pour toutes les détresses de la vie. Pas besoin d'avoir un diagnostic», explique Lise Lacasse.

Photo: Jacques Pharand

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