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Une maladie ignorée par Québec

hypersensibilité environnementale: des Québécois forcés de se soigner en Ontario

Marie-Hélène Verville par Marie-Hélène Verville
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Article mis en ligne le 18 mai 2007 à 15:24
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Une maladie ignorée par Québec
Le pollen, les gaz d'échappement des voitures, les produits chimiques et autres substances courantes handicapent la vie de ceux qui souffrent d'hypersensibilité. Photo: Jacques Pharand
Une maladie ignorée par Québec
hypersensibilité environnementale: des Québécois forcés de se soigner en Ontario
«Aujourd'hui, je ne me sens pas très bien. Une personne du voisinage a utilisé des pesticides, parce que j'ai une réaction typique.»
Lorsque Cités Nouvelles a interrogé Rohini Peris, la présidente de l'Association pour la santé environnementale, les hypersensibilités et les allergies du Québec (AEHAQ), ce n'était pas une bonne journée pour elle. Elle se sentait mal, la peau lui piquait. Dans le voisinage de sa maison, à Dollard-Des Ormeaux, quelqu'un avait répandu des pesticides sur sa pelouse, malgré le fait que c'est maintenant interdit.

Depuis qu'elle et une partie de sa famille ont subi un empoissonnement aux pesticides - probablement aussi épandu par un voisin - en 1993, la dame ne tolère plus ni les produits ménagers autres que biologiques, ni l'encre imprimée, ni les parfums, ni certains aliments comme le lait. Comme 3 % des Canadiens, elle souffre de ce que l'on nomme l'hypersensibilité environnementale.
La réponse en Ontario
«Je ne savais pas à ce moment-là [en 1993] la cause de mes maux et de ceux de ma famille», affirme madame Peris. En fait, il faudra plus d'une année avant qu'elle le trouve, et reçoive le diagnostic d'hypersensibilité par deux médecins québécois et un médecin ontarien. Malheureusement, elle ne peut recevoir de traitement au Québec, car aucun n'est disponible. La planche de salut est venue des traitements ontariens.
Comment traite-t-on ce mal? En fait, il faut éviter les éléments déclencheurs, qui peuvent être nombreux. La famille Peris-Gaudet a dû changer leur fournaise à gaz naturel. «Les médecins en Ontario ont trouvé que ma femme avait une intolérance envers ce type de combustible», explique Michel Gaudet, le mari de madame Peris, vice-président de l'AEHAQ. Des mesures du genre, lorsque diagnostic il y a, sont déductibles d'impôts, mais pas remboursées par la RAMQ.
Controverse
Certains traitements spéciaux existent, dépendamment du cas, mais rien n'est reconnu ici. Par exemple, le sauna spécial qu'a commandé la famille Peris-Gaudet, qui aide à évacuer les toxines du corps. En fait, ces traitements font l'objet d'une controverse, si on en croit les gens de la RAMQ. «À la régie, on ne reconnaît pas le type de médecine dit écologique ou environnementale, car il n'y a pas de démonstration scientifique sérieuse, tant pour le diagnostic que pour la thérapie», affirme Marc Lortie aux communications de l'organisme. Donc, rien n'est remboursé, contrairement à ce qui se passe en Nouvelle-Écosse, affirme monsieur Gaudet. «Notre député Pierre Marsan a fait des démarches. La réponse qu'il a reçue de la direction de la Santé publique est que la condition médicale était là, mais pas le traitement, car il ne fait pas consensus», affirme monsieur Gaudet.
«L'hypersensibilité ne fait pas consensus dans le monde scientifique, c'est la raison pour quoi il n'y a pas de traitement disponible ici», explique Marie-Claude Gagnon aux communications du ministère. Pourtant, la commission canadienne des droits de la personne accepte déjà de recevoir des plaintes sur ce sujet. «Pour les fins de la commission, cette maladie est considérée comme une déficience», note Charles Théroux, le directeur de la division recherche de la Commission canadienne des droits de la personne. Cet état de fait est renforcé par les travaux commandés par la commission sur ce sujet, rendu public il y a quelques jours. Le premier rapport de recherche porte sur la reconnaissance médicale de l'hypersensibilité environnementale. Cette semaine, un second rapport, celui-là sur la question légale, sera rendu public.

L'énoncé de politique de la commission sera donc clair pour ceux qui souffrent de ce mal insidieux. «Leurs plaintes seront recevables comme n'importe quelle autre plainte, et il faudra regarder les accommodements à faire pour eux. C'est déjà le cas, d'accord. La différence est que cela sera dit publiquement, de façon plus officielle et les gens seront au courant parce que les études seront sur notre site Internet», conclut Charles Théroux.

Dr Lynn Marshall, une spécialiste ontarienne de la question, a paru surprise lorsque Cités Nouvelles l'a informée des réponses obtenues du ministère de la Santé québécois. «Peut-être ne sont-ils pas assez informés de la littérature scientifique sur la question? En plus, la Commission canadienne des droits de la personne a reconnu cette maladie et accepte les plaintes de partout au Canada.» Il faut dire que cette maladie est encore peu cernée par les scientifiques, qui ne savent pas toujours quel est l'événement déclencheur de la maladie. Aucun médecin spécialiste québécois n'a retourné les appels du journal.
Havre vert
Présentement, l'Association pour la santé environnementale, les hypersensibilités et les allergies du Québec (AEHAQ) travaille sur un projet de logements adaptés pour les gens qui souffrent d'hypersensibilité environnementale.

Le bâtiment comprendrait une quarantaine d'unités, dont une partie serait des logements dits abordables, pour ceux qui n'ont pas beaucoup d'argent. «Les cas varient, mais il arrive que des personnes perdent leur emploi à cause de cette maladie et se retrouvent sur le bien-être social», affirme Michel Gaudet, de l'AEHAQ. Comme le projet est présentement en cours de négociation, il n'a pas été possible de savoir l'emplacement exact. La bâtisse serait dans l'Ouest-de-l'Ile, affirme monsieur Gaudet.

Pourquoi construire une maison adaptée pour les gens qui souffrent de ce mal? En fait, c'est que beaucoup d'éléments qui sont présents dans une maison «ordinaire» ne sont pas tolérés par les hypersensibles. Par exemple: une ventilation inadéquate, la mélamine, certains types de peinture sont toxiques pour eux. Et la liste s'allonge. «Nous connaissions même une femme qui dormait dans son auto, parce qu'elle ne pouvait tolérer de dormir dans sa propre maison», se rappelle monsieur Gaudet.

Photo: Jacques Pharand

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