La locomotive du développement
Me voici de retour à Yaoundé, la capitale du Cameroun, après un périple de deux semaines dans la forêt tropicale du Sud-Ouest du pays.
En compagnie d’Hélène, présidente de la plate-forme des femmes de Campo Ma’an, et de Joachim, délégué du CIFOR, nous avons suivi les femmes rurales dans leurs activités quotidiennes et leur mobilisation dans le développement économique de la région. Selon le maire de la ville de Nyete, les femmes sont la locomotive du développement.
C’est un départ
Le jour de notre départ, le 5 mai, l’actualité locale a contribué à mettre du piquant à notre aventure; un avion de Kenya Airways s’est écrasé la veille dans la jungle derrière Nyete, notre première escale. De plus, nous sommes partis en pleine effervescence politique, le jour des investitures camerounaises. Dès la sortie de la capitale, des cases en terre durcie et des bananiers bordent la route. Lors de notre dîner à Ebolowa, antilope, porc-épic, vipère et pangolin étaient au menu.
Menus exotiques
À Nyete, nous avons roulé dans le méandre de la plantation d’hévéas, arbres dont on extrait le latex. Nous avons passé un jour entier au grand marché mensuel où les femmes rurales viennent des villages environnants pour vendre les fruits de leurs récoltes. Manioc, noix de palme, arachides, makabo, et même les pattes de singe y sont vendus. J’ai mangé des termites grillés. Des représentantes de l’association des femmes rurales de Nyete, dont la présidente Carole, m’ont expliqué la mise en marché de leurs produits, les obstacles qu’elles rencontrent et ce à quoi elles aspirent socialement et économiquement.
Le vouloir des femmes
Le point saillant de notre séjour à Nyete fut la visite au campement des pygmées Bagyeli où nous avons, Hélène, Carole, et moi-même, créer la première association de femmes pygmées de la région et possiblement du pays: l’Association Bia Bia des Femmes de Nyamabandé. Nous avons discuté longuement avec les femmes de leurs aspirations, de leur volonté de sortir de la marginalisation, de vivre comme les Bantous (population environnante), d’accéder à l’éducation et de participer au pouvoir décisionnel de leur communauté. La rencontre s’est terminée dans la joie avec chants et danses.
Le paradis
Le lendemain nous sommes partis vers Kribi et avons entamé le volet touristique de notre parcours. Lors de notre arrivée, la fête des batangas, peuple de l’eau, battait son plein. Nous avons assisté à des courses de pirogues de mer, des combats de lutte sur la plage et avons remonté le fleuve Lobé en pirogue. Le 10 mai, nous avons fait escale dans un village de pêcheurs, Ebodje, qui depuis une dizaine d’années maintient un projet d’écotourisme sur un site paradisiaque près de l’océan. J’en ai profité pour parler avec les femmes des pêcheurs et prendre connaissance des avenues qu’elles entrevoient pour favoriser le développement de leur communauté.
Le pouvoir des femmes
Les 11 et 12 mai, nous nous sommes rendu à Campo et pendant 2 jours, j’ai suivi les pêcheuses de crevettes dans leurs activités. Ces femmes mettent leurs nasses dans le fleuve N’tem, en pleine forêt. Leur pêche est très prolifique, mais elles se cognent aux difficultés de réfrigération et de transport de leurs crevettes. En plus d’être pêcheuses, elles sont de véritables femmes de la forêt et connaissent les propriétés médicinales des plantes qui y poussent.
Et leur quotidien
Le 13 mai, nous sommes partis pour Akom II, village rural riverain de la grande forêt, dernière étape de notre voyage. Pendant 4 jours, j’ai participé aux travaux quotidiens des femmes: sarclage des champs, creusage d’un étang pour faire une pisciculture, récolte du manioc, son trempage pour en faire le bâton de manioc dont les populations locales se nourrissent depuis toujours, préparation des repas, pilage du plantain et autres. J’ai également assisté à la réunion mensuelle pour les Tontines, système de cotisations et de prêts mis sur pied par les femmes. Pendant ces 4 jours, j’ai discuté librement de leurs conditions de vie, les accouchements, l’éducation des enfants et leur désir d’obtenir une plus grande reconnaissance sociale.
Une leçon
Les gens de Campo Ma’an en général ne gagnent pas plus d’un dollar par jour. Pourtant, ils ont une immense capacité de donner. Je retire avant tout de mon voyage au Cameroun, une grande leçon de générosité.