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Se défouler à la canette

Portrait d’un graffiteur

Florence Turpault-Desroches par Florence Turpault-Desroches
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Article mis en ligne le 2 septembre 2007 à 2:43
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Se défouler à la canette
Âgé d'à peine 16 ans, Michael a abandonné le graffiti illégal pour se concentrer sur la création de murales pour la Maison des jeunes Bordeaux-Cartierville. (Photo: Courtoisie)
Se défouler à la canette
Portrait d’un graffiteur
Depuis quatre ans, Michael s'exprime et se défoule par l'art, un passe-temps au départ illégal, qu'il exhibe aujourd'hui fièrement. Résident de Cartierville depuis toujours, le graffiteur de 16 ans défend hardiment les jeunes qui, comme lui, tentent de se faire un nom en s'en servant comme signature sur les murs du quartier.
À l'âge de 12 ans, Michael, que les adeptes de graffitis connaissent mieux sous le nom de Heok, commençait à gribouiller sur les murs du quartier, sous la surveillance imposante des agents de police. Si le risque de se faire prendre le stimulait, Michael affirme avoir commencé à manier la canette de peinture d’abord pour se faire entendre. «J'avais besoin de parler, mais je n’avais personne avec qui le faire, alors je l'ai écrit. Je l'ai écrit sur des murs parce que j'avais l'impression que plus de gens entendraient mon message», raconte Michael.

Fatigué des problèmes qu'il avait avec la police et souhaitant pouvoir raffiner ses dessins, il s'est rapidement mis à la recherche de murs légaux à Montréal. «Avant, il y en avait peut-être six, mais plusieurs ont fermé parce que les gens exagéraient et faisaient des tags en dehors du mur. Maintenant, il n'y en a presque plus et il y a très peu de jeunes qui connaissent leur existence», déplore celui qui trouve dommage que le seul mur accessible dans Ahuntsic-Cartierville soit situé en dessous un pont. «Les gens ne comprennent pas que ce qui pousse d'abord et avant tout les jeunes à faire des graffitis sur des biens publics, c'est le trip de se faire remarquer. Si vous mettez un mur libre là où personne ne le voit, les jeunes vont continuer à aller ailleurs. J'ai l'impression que des fois, les responsables mettent un mur n'importe où pour se convaincre qu'ils ont fait quelque chose pour prévenir les graffitis…», avance le graffiteur.

Intervenant à la Maison des Jeunes Bordeaux-Cartierville, Philippe Mainville croit également qu'un endroit destiné aux graffitis ne nuirait en rien à la propreté de l'arrondissement. «C'est certain qu'il y a des chances qu'il y ait de l'abus, mais si on ne leur donne pas un endroit où pratiquer, ils iront le faire n' importe où ce qui choquera encore plus les citoyens», explique-t-il.

C'est d'ailleurs la Maison des Jeunes qui a pris l'initiative de créer une des premières murales de l'arrondissement, située derrière le centre des loisirs l'Acadie. «Les jeunes étaient très fiers du résultat final. Ils ont mis beaucoup d'effort là-dessus et les gens qui passent dans la rue peuvent voir leur travail ce qui est une très belle reconnaissance. Ce qui est dommage, c'est que nous avons dû nous battre durant six mois avant d'avoir l'autorisation de l'arrondissement et de la Ville pour peinturer le mur», ajoute M. Mainville.
Victime d'idées préconçues
Victime de préjugés, Michael déplore le manque de compréhension de la population envers la forme d'art qu'il pratique. Si les gens jugent encore beaucoup les tags et les associent à une forme de délinquance ou encore à la signature des gangs de rue, le jeune graffiteur croit que la violence y est rarement associée. «Les gangs de rues ont autre chose à faire que d'aller écrire sur des murs! C'est considéré comme du vandalisme parce que les jeunes ne trouvent pas d'endroits légaux qui les satisfassent. Si on leur donne de la place, ils le feront beaucoup moins souvent de façon illégale».
Depuis bientôt deux ans, Michael collabore avec la Maison des jeunes pour réaliser différentes murales publicitaires pour l'organisme. «Ce n'est pas la même adrénaline que lorsque c'est fait illégalement, mais j'ai vraiment l'impression que les gens l'apprécient et je peux m'appliquer davantage. On pourrait même dire que je suis un artiste au même titre qu'un peintre», conclut Michael, le sourire aux lèvres.

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