Sous le pont Papineau, un mur légal, qui n’est pas sous la responsabilité de l'arrondissement, accueille des graffitis de toutes sortes. (Photo: Jacques Pharand)
Art sous pression
Ils ornent les murs extérieurs de l'arrondissement, pour le meilleur et pour le pire. Parfois autorisés, mais beaucoup plus souvent illégaux, les graffitis oscillent entre liberté d’expression et délinquance. Si l'arrondissement ne destine aucun mur à l'art de la rue, les graffitis restent tout de même peu présents dans Bordeaux-Cartierville.
C'est surtout sous le pont Papineau, dans Ahuntsic, qu'on peut admirer, ou abhorrer des tags et graffs de toutes sortes. Si ce mur n'est pas contrôlé par l'arrondissement, il reste néanmoins libre aux jeunes qui désireraient s'exprimer sans risquer de se faire arrêter. «Nous n'avons pas beaucoup de graffiteurs dans l'arrondissement, on ne voit donc pas la pertinence de faire des murs légaux. Permettre aux gens de peinturer sur un mur, c'est un peu comme les encourager à recommencer ailleurs», soutient Aude Clotteau, porte-parole de l'arrondissement.
Même son de cloche au niveau de l'agent sociocommunautaire Stéphane Eid du poste de quartier 10 qui ne voit pas l'utilité d'un tel espace. Selon lui, l'idée de faire un graffiti implique le vandalisme. «Il y a eu plusieurs projets de murales, où les jeunes pouvaient s'exprimer, encadrés par des éducateurs, mais la plupart des graffiteurs qui inscrivent des tags et des signatures sur les murs le font entre autres pour tester les limites du système et vont donc continuer à le faire à des endroits qui ne sont pas permis», explique-t-il.
Un collectif dans la rue
Pour Elizabeth-Ann Doyle, permettre aux jeunes de peinturer sur les murs est plutôt un des meilleurs moyens d'éviter les graffitis. La fondatrice de l'organisme Mu, qui fait la promotion de l'art public à Montréal, est convaincue que les jeunes respectent les œuvres d'art et évitent de les gâcher en y ajoutant des tags. «Il a été démontré un peu partout dans le monde que les jeunes n'oseront pas signer sur des murs qui sont déjà des œuvres d'art. En peinturant sur les murs, avec l'autorisation préalable des propriétaires, on contribue d'une manière constructive à éviter l'augmentation des graffitis dans le secteur. Et en plus, c'est très joli», soutient celle qui travaille présentement à un projet de murale dans l'arrondissement St-Michel.
Il est néanmoins important de faire la différence entre les graffitis et les projets d'art sur les murs. «C'est certain que quelques jeunes font des tags simplement pour se rebeller, mais je crois qu'il y a moyen de leur prouver, en les incitant à participer à une murale dans leur quartier, qu'il est possible d'utiliser des canettes de peinture pour autre chose que pour faire du vandalisme», rajoute Mme Doyle.
Pas de mur, mais de la prévention
L'organisme Rap jeunesse, qui fait du travail de rue dans l'arrondissement, ne possède plus les ressources financières pour entretenir son plan de prévention et de sensibilisation aux graffitis; ce sont désormais les agents de police qui s'en chargent. Une tournée des classes de secondaire un sera d'ailleurs effectuée au cours des prochaines semaines, afin de faire comprendre aux jeunes, les conséquences de détruire le bien public.
«Il y a environ 2 ans, nous avions trois personnes qui se chargeaient de faire de la prévention et d'établir un plan d'action afin de sensibiliser les jeunes et les marchands sur l'importance d'éviter le vandalisme, mais également sur l'utilité que les arts de rue peuvent avoir», rapporte Louise Giguère, directrice de Rap jeunesse. Mme Giguère continue de croire qu'un mur réservé aux graffitis enraierait leur reproduction. «Il y a certains jeunes qui vont toujours continuer de faire des graffitis n' importe où, ça fait partie de la culture du graff. Mais si on ne donne pas l'opportunité et l'espace pour le faire en toute légalité, on peut être certains qu'ils continueront de vandaliser», explique-t-elle. Au niveau de l'intervention et de la sensibilisation, l'usage d'un mur destiné aux graffitis peut selon elle être très bénéfique. «C'est plus facile de convaincre un jeune de ne pas faire de graffitis si on a une autre alternative à lui offrir, un endroit où il peut aller s'exprimer, ou barbouiller comme bon lui semble».
Pour l'instant, la faible popularité de ce type de vandalisme dans Ahuntsic-Cartierville justifie l’absence d'un mur légal. La murale située derrière le Centre des loisirs l'Acadie témoigne cependant de l'initiative des organismes du quartier dans la promotion de l'art de la rue.