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Souvenirs de guerre…

..et secrets bien gardés

Marie-Claude Simard par Marie-Claude Simard
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Article mis en ligne le 10 novembre 2007 à 9:34
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Souvenirs de guerre…
Trois vieux amis se rencontrent tous les mardis après-midis à la filiale de Roxboro de la Légion royale canadienne. (Photo: Marie-Claude Simard)
Souvenirs de guerre…
..et secrets bien gardés
Les mardis après-midi, l’atmosphère est enjouée, à la filiale #234 de Légion royale canadienne de Roxboro. Fraternisant autour d’un verre de bière, nos vétérans locaux se remémorent les moments drôles et rocambolesques de leurs carrières militaires et taisent les souvenirs douloureux.
Henry Nugent, qui a servi dans les Forces britanniques entre 1948 et 1950, aime bien faire la conversation aux dames, mais garde un silence de carpe sur sa mission militaire à Chypre. «Je ne peux rien vous dire», dit le vétéran, résidant de DDO. Je suis lié par la Loi sur les secrets officiels», poursuit-il en prenant une gorgée de bière. «Il travaillait pour James Bond», lance un camarade.

À travers le rire généralisé, Lawrence Mortimer McCullough abonde dans le même sens. «Depuis toujours, les gens essaient de nous soutirer de l’information, mais il faut se méfier, on pourrait se retrouver en prison!» Arborant fièrement son uniforme et ses multiples médailles, le résidant de Pierrefonds s’est enrôlé dans les Forces aériennes du Canada en 1943 et a servi son pays pendant 28 ans. Lors de la deuxième Guerre mondiale, le jeune militaire de souche irlandaise faisait partie de l’escadron en poste à Terre-Neuve. «À la fin de la guerre, ils nous ont envoyés à Dartmouth pour disposer des bombes et autres armes explosives excédentaires. Le navire nous a conduits à 18 milles au large d’Halifax et on a tout jeté par-dessus bord!

«C’est maintenant une véritable armurerie sous-marine!», renchérit un camarade. «Les plongeurs ont peur de descendre à cet endroit et je les comprends», acquiesce McCullough.
Dépotoir militaire
Il est de notoriété publique que de nombreux dépotoirs militaires jonchent le fond marin de l’Atlantique sur la côte canadienne. Dans un rapport du commissaire de l’environnement déposé en 2004 au Bureau du Vérificateur général (BVG), on peut lire l’énoncé suivant: « À la fin de la Seconde guerre mondiale, le Canada et d'autres pays se sont débarrassés de munitions conventionnelles, notamment des bombes et des obus, en plus d'agents de guerre chimiques et biologiques, comme le gaz moutarde, en les rejetant à la mer. À l'époque, cette pratique était considérée comme acceptable. Depuis 1975, la législation canadienne interdit le rejet dans les océans d'agents de guerre et de munitions… Ces sites peuvent présenter des risques que l'on doit mieux comprendre.»
Suite à une pétition présentée en 2002 au BVG, le ministère de la Défense, de concert avec d’autres ministères, s’est engagé à recenser tous ses dépotoirs militaires, à en évaluer les risques et à fixer des priorités pour le nettoyage subséquent ou l'application de toute autre mesure appropriée. Un projet d'élimination d'agents de guerre devrait être déposé en 2008.
Les épouses des militaires
En 1948, Mortimer McCullough épouse sa bien-aimée Jeanne-D’Arc, avec qui il vit toujours. Sa carrière militaire, qui s’est poursuivie jusqu’en 1973, l’a souvent forcé à quitter le nid familial. En 1964, alors qu’on l’envoie dans la Bande de Gaza, Jeanne-D’Arc demeure seule avec les quatre enfants pendant plus d’un an. «Les femmes de militaires devraient recevoir des médailles, car elles ont eu la vie plus difficile que nous», affirme Mortimer, avec conviction. Nos occupations comportaient des risques, mais on s’occupait de nous. Nous étions logés, nourris, on ne se cassait pas la tête». Lors de leur 25e anniversaire de mariage, l’époux reconnaissant a fait faire chez un joaillier une médaille pour sa douce moitié. «Amour et Honneur au-delà de l’appel du Devoir, voilà ce j’ai fait inscrire», dit-il, visiblement ému.
Au fil de la conversation, bière aidant, l’atmosphère se détend et le vétéran Nugent accepte de partager une anecdote intéressante, qui entoure son départ pour Chypre en 1948. «J’ai dormi dans le bunker secret de Churchill, sous Londres», affirme-t-il avec solennité. «On était en route pour Chypre, c’était très impressionnant de voir les objets de Churchill et de dormir dans un endroit si mystérieux», déclare le vétéran de 77 ans.
Le bunker secret de Churchill
Plus de 40 pieds sous la tranquille banlieue de Dollis Hill au nord-ouest de Londres, se trouve effectivement un immense bunker en béton que Winston Churchill a fait construire en 1938. Constitué de 40 chambres souterraines réparties sur deux étages, il devait servir de refuge à tous les membres du cabinet de guerre, ainsi qu’à 200 employés. Équipé de pompes à air, de génératrices électriques, de téléphones et d’une grande salle de réunion, cet impressionnant abri devait permettre aux militaires de poursuivre leur manœuvre dans la grande «salle de contrôle» en toute sécurité.
Du nom de code de «PADDOCK», le bunker de Churchill a été connu du public lorsqu’une compagnie résidentielle a acquis les lieux en 1997. Aujourd’hui, Paddock n’est ouvert aux visiteurs que quelques jours par année.
Reconnaissance des jeunes
De son côté, le Colonel DeQuoy montre avec fierté les cartes de gentillesse que lui ont remises des élèves du primaire. Très touchés par les mots réconfortants des enfants, les septuagénaires réunis constatent que les gens sont de plus en plus reconnaissants. «Surtout depuis que nos garçons sont en Afghanistan», dit Dequoy.
André DeQuoy porte l’uniforme depuis 58 ans. Dans l’armée, il a appris à naviguer dans le ciel en s’aidant d’un sextant et des étoiles. Il a voyagé à travers le monde. «J’ai appris à parler anglais, à sacrer et à boire», ajoute-t-il au grand plaisir de ses amis.

«On ne boit pas beaucoup, de toute façon on n’a plus la santé pour le faire», dit Nugent avec sérieux. Quand on se rencontre, on ne boit pas plus de deux ou trois bières, mais on parle beaucoup. On parle de tout, de rien, d’histoires drôles, mais pas de la guerre.»

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