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Partir en paix

La découverte d’une épave met fin à des doutes qui persistent depuis 1957

Marie-Claude Simard par Marie-Claude Simard
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Article mis en ligne le 27 novembre 2007 à 9:45
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Partir en paix
René Simard, avec la photo de son beau-frère disparu il y a 50 ans, Tony Chiavazza. (Photo: Jacques Pharand )
Partir en paix
La découverte d’une épave met fin à des doutes qui persistent depuis 1957
Le 21 novembre 1957, Tony Chiavazza, résidant de Sainte-Anne-de-Bellevue, disparaissait dans un accident d’hydravion sous les flots du Lac Simon. Le 4 octobre dernier, l’épave a été retrouvée, ce qui permettra peut-être aux proches de la victime de boucler la boucle et de trouver une certaine paix.
La photo noir et blanc de Tony Chiavazza trône depuis cinquante ans au milieu d’un vaste salon, dans une demeure de la rue Perreault, à Saint-Anne-de-Bellevue. Autour du portrait, d’autres visages sont exposés, notamment une belle dame au regard brillant. «C’est Annette, mon épouse, la sœur de Tony», explique l’octogénaire René Simard. Annette est décédée il y a trois ans. Elle n’a jamais pu faire un véritable deuil de son frère.

«C’est une grande épreuve de perdre un être cher et de ne pas retrouver son corps, explique le retraité. La mère de Tony, Andrettina, l’a attendu toute sa vie. Elle était convaincue qu’il reviendrait. Son père, Guglielmo, a eu tellement de chagrin qu’il en est mort, quelques années après la tragédie.»

Le disparu, qui lors de la tragédie était âgé de 28 ans, n’a jamais eu de funérailles. «Son nom est sur le monument funéraire familial, mais on n’a jamais tenu un service pour lui, explique le pieux beau-frère. Tony aussi était religieux. Dans son enfance, il était enfant de chœur et participait à la procession de la Fête-Dieu».

Électricien de profession, René Simard avait pris le jeune Antonio, de trois ans son cadet, sous son aile. «Tony était un bon apprenti, mais il n’aimait pas recevoir des ordres! Il aimait avoir du plaisir et honnêtement, c’était un véritable tombeur», dit-il en souriant. En fait, le jeune Casanova, né à Sainte-Anne-de-Bellevue de parents italiens, ne s’est jamais marié. Il travaillait pour Bell Téléphone et gagnait bien sa vie. «On allait pêcher sur le lac Saint-Louis ensemble. Au printemps, les dorés étaient tellement gros qu’ils touchaient à terre», se remémore l’électricien.
La tragédie du lac Simon
En novembre 1957, Tony et quelques amis avaient planifié un voyage de chasse au lac au Diable, à 60 km au nord du mont-Tremblant. Réné avait décliné l’invitation de son jeune beau-frère. «Ça ne m’intéressait pas de monter dans un hydravion», dit-il. L’hydravion en question faisait le relais entre le camp de chasse et le lac Schreyer, à 40 km au nord de Montebello. Le jour fatidique, le 21 novembre, de fortes rafales soufflaient et la neige tombait abondamment. L’aéronef a fait trois fois le trajet, et Tony faisait partie du dernier voyage. Le Republic RC-3 Sea Bee n’est jamais arrivé à bon port.
À l’époque, des témoins avait entendu un avion en détresse au-dessus du lac Simon, non loin de leur destination finale. De plus, la carcasse du chien d’un des chasseurs a été retrouvée sur la rive, ce qui laissa supposer que c’était dans ce lac que l’avion s’était écrasé.

«Après l’annonce de la disparition de Tony, j’ai passé trois semaines sur un bateau avec les autorités pour tenter de trouver les corps et l’avion. Nous n’avons rien vu, explique le beau-frère, René Simard. On a dû cesser quand le lac a gelé.»

Aucune théorie expliquant les causes de l’accident n’a été avancée, mais des rumeurs ont circulé. «On entendait dire que le pilote n’avait pas de permis commercial, que son avion était en mauvais état, qu’il fallait constamment mettre de la graisse dans l’hélice.» Pendant les années qui ont suivi, des imposteurs rendaient visite à la famille Chiavazza et leur promettaient de retrouver l’épave, moyennant un certain financement. «On les revirait de bord!», explique monsieur Simard.
La découverte de l’épave
Le 4 octobre dernier, une poignée d’ingénieurs passionnés de plongée sous-marine ont retrouvé l’épave légendaire après dix ans de recherches intermittentes dans les eaux froides et obscures du lac Simon. «Le cousin de ma mère faisait partie de cette expédition de chasse, explique Guy Morin. Il a survécu aux disparus, car il faisait partie du deuxième voyage de l’avion. Cependant, il s’est senti coupable jusqu’à sa mort en 1981.» Grâce à des techniques de fine pointe, Guy Morin, Chris Koberstein et Dan Scoville ont réussi à descendre à plus de 200 pieds.
«Le spectacle était tragique et magnifique», explique l’instigateur de l’aventure, qui en tout temps, était conscient de l’ampleur de ce drame humain. «L’identité de l’avion est indéniable, nous avons vu son immatriculation CF-HPK inscrite en trois endroits.» L’équipe n’a toutefois dénombré que trois dépouilles, bien que quatre passagers aient fait partie du voyage. «Le puzzle continue», dit Guy Morin. La Sureté du Québec, Transport Canada et le Bureau du coroner sont désormais impliqués dans cette affaire.
Que faire avec la nouvelle
René Simard a appris la nouvelle dans les journaux, comme tout le monde. «Ça m’a fait revivre des émotions, dit-il sans vouloir trop en parler. Une fois qu’on aura la certitude que c’est Tony, on fera peut-être une petite cérémonie, un service privé». Il admet que l’immatriculation de l’hydravion met presque fin à ses doutes.
Tony n’avait pas d’enfants. Son grand frère, très âgé, vit toujours, mais est très malade. Ce dernier a eu trois filles. «Je suis convaincue que mes nièces vont me demander de les emmener au lac Simon», affirme monsieur Simard. Un ultime passage vers la paix.

(Photo: Jacques Pharand )

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