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La manette magique

Les fraudeurs peuvent vider les comptes en un tournemain

Marie-Claude Simard par Marie-Claude Simard
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Article mis en ligne le 8 décembre 2007 à 13:52
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La manette magique
L’agent Christian Émond de la section Fraude et Hélène Jubinville du PDQ5 ont tenu une séance d’information pour les commerçants du centre d’achats Fairview, le 4 décembre. (Photo: Marie-Claude Simard)
La manette magique
Les fraudeurs peuvent vider les comptes en un tournemain
Grâce à des manettes de débit bancaire trafiquées, les fraudes augmentent de façon alarmante au pays. Réels prestidigitateurs technologiques, les fraudeurs réussissent à cloner les cartes des consommateurs et à vider leurs comptes de banque en un tournemain.
En octobre dernier, la SPVM a lancé l’Opération Terminal pour mettre un frein à ces tours de passe-passe. Mardi le 4 décembre, l’agent Christian Émond de la section Fraude, a fait le point sur la fraude par carte de débit, lors d’une séance d’informations auprès des commerçants du centre d’achat Fairview.

«Parler de fléau serait peu dire», déclare le spécialiste. En 2006,100 millions $ se sont volatilisés des comptes bancaires des canadiens par l’entremise de cartes clonées, alors qu’en 2003, il s’agissait de 40 millions $. De plus, selon l’agent Émond, ces chiffres émis par Interac Inc. sont conservateurs: «il est fort probable qu’il s’agisse de sommes plus importantes.»

Le mode d’opération est toujours le même. Dans un premier temps, des manettes Interac, ou plutôt des Terminal de Point de Vente (TPV), sont volées dans divers commerces. Avec deux ou trois de ces TPV, les fraudeurs en construisent un, qui peut enregistrer la bande magnétique et le NIP des cartes. Ces TPV modifiés sont installés dans d’autres commerces. Les fraudeurs à la fine pointe technologique reçoivent les infos directement sur leur ordinateur grâce à la technologie Blue Tooth. Les illusionnistes de moindre envergure, eux, doivent se réapproprier le TPV qui a mémorisé les données et à partir desquelles, ils fabriqueront de fausses cartes.

Tout commerce peut être victime d’un vol de TPV. Toutefois, les fraudeurs favorisent les commerces à grand achalandage, ouverts tard dans la nuit, pour installer leurs manettes truquées. Il peut s’agir notamment de dépanneurs, stations-service, d’épiceries ou autres.

«Dans 99% des cas, nous savons qu’il y a une complicité à l’interne», explique le policier. En fait, le but premier de l’Opération Terminal est de sensibiliser les employés afin de les protéger. Les fraudeurs sont avant tout de grands manipulateurs. Il est facile pour eux de faire des offres alléchantes aux jeunes commis et de les convaincre de regarder dans une autre direction pendant les dix secondes que prend l’installation d’une manette magique. Il arrive également qu’ils insistent au point que l’employé se sente menacé.

«Le caissier doit informer l’employeur et contacter sans faute les autorités s’il a été approché par des fraudeurs», insiste Christian Émond. Les jeunes ne sont pas conscients qu’ils peuvent subir de graves conséquences s’ils participent de quelques façons à ses combines, soit une amende, une peine d’emprisonnement et un dossier criminel.»

L’agent encourage les employeurs à faire les vérifications de base lorsqu’ils engagent. «Certains postulants donnent de faux noms et de fausses références. La moindre des choses est d’appeler les employeurs précédents», explique-t-il. Il leur suggère également de faire une marque distinctive sur le dos de leur TPV et de la vérifier régulièrement. De plus, l’installation de supports de métal peut dissuader certains malfaiteurs.

Selon l’agent Émond, ces voleurs invisibles ne se recyclent pas dans d’autres sortes de crimes, car la fraude est payante et s’ils se font prendre, ils s’en tirent généralement avec une sentence minime, puisqu’il s’agit d’un crime sans violence. «Pourquoi croyez-vous qu’ils ne traversent pas les frontières?», demande-t-il. Aux États-Unis, les sentences sont beaucoup plus sévères. Ici, ils s’en tirent avec une tape sur la main.»

Pour contrer ces crimes, les banques commencent à émettre des cartes de débit avec une puce qui envoie un signal confirmant la validité avant de donner l’accès au compte. «Il est certain que les puces vont leur donner du fil à retordre. Au Canada, l’utilisation de la carte à puce a commencé dans certaines villes de l’Ontario et on estime qu’en 2010 elle sera généralisée à travers le Canada… En Europe, ils sont déjà rendus à la troisième génération de cartes à puce, car les fraudeurs ont réussi à craquer les deux premiers systèmes.»

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