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Histoires palpitantes pour petits cœurs blessés

Nouveau coin de lecture au Centre jeunesse de Montréal

Marie-Claude Simard par Marie-Claude Simard
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Article mis en ligne le 30 janvier 2008 à 9:26
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Histoires palpitantes pour petits cœurs blessés
Océane s’évade avec joie dans la lecture. (Photo : Marie-Claude Simard)
Histoires palpitantes pour petits cœurs blessés
Nouveau coin de lecture au Centre jeunesse de Montréal
Si elle répond, c’est par oui, ou par non. Finalement, elle laisse échapper un «deux», pour le nombre d’années au centre jeunesse, puis un «14» pour son âge. Mais lorsqu’Océane se rend au nouveau coin de lecture de son unité, ses yeux verts s’illuminent d’étoiles de mer, elle s’exprime avec des phrases entières.
Mercredi matin, les caméras de Radio-Canada et de TVA, ainsi que celles de médias plus modestes, ont convergé vers le site Rose-Virginie Pelletier, situé sur le boulevard Gouin, non loin de l’autoroute 13. La direction du Centre Jeunesse de Montréal a inauguré, son premier coin de lecture, dans le site d’hébergement de Pierrefonds-est, où vivent 72 jeunes filles de 6 à 18 ans. C’est l’unité de vie des 12-14 ans, celui d’Océane, qui a bénéficié de ce grand privilège.

Le coin de lecture en question est véritablement un coin. Cet espace silencieux, éclairé par une fenêtre qui donne sur la Rivière des Prairies, a les dimensions d’une étroite chambre d’enfant. De beaux livres neufs sont alignés sur une étagère IKEA, et quelques-uns, plus gros, sont placés pour consultation sur une petite table de salon. «Il y en a 318», précise Océane, fière de fournir une info quasi scientifique aux médias.

La jeune fille se laisse choir dans le pouf neuf, orné de motifs oniriques. Un monsieur tourne les grandes pages d’un livre d’images. «Ce livre-là est triste, il se tue à la fin, déclare soudainement la jeune bibliophile. Celui-ci est hot, car il faut que tu inventes les personnages.»

Pendant qu’Océane se plonge dans le récit des aventures de L’indien de la tour Eiffel, son éducatrice Caroline décrit le quotidien des jeunes filles, qui ont été placées dans ce site d’hébergement par la DPJ. Elles sont réparties dans six unités de vie, par groupes d’âge, où elles vivent et dorment. Elles vont à l’école sur place. Les éducateurs les suivent toute la journée, mais le soir, ils quittent, laissant aux gardiens le soin de veiller sur elles. «J’ai des parents, ils viennent me voir des fois», s’exclame la lectrice, de retour à la réalité du moment.
Le rôle thérapeutique de la lecture
«La lecture leur permet un accès au rêve, dans une réalité de survie», explique Richard Morin, éducateur au site Rose-Virginie Pelletier. C’est à lui que la direction du Centre jeunesse de Montréal a donné le mandat de réaliser ce projet. Selon l’intervenant, la lecture n’est pas une activité compétitive. Les résidantes peuvent s’y adonner avec plaisir sans se soucier d’être évaluées. «C’est aussi un espace où elles peuvent vivre plein d’émotions […] On ne pense pas toujours à s’occuper de leur imaginaire », poursuit-il.
D’autres coins de lecture suivront, jusqu’à ce que chaque unité de vie ait le sien. «Au mois d’avril, ce sera le tour des 6-11 ans», précise Richard Morin.

Selon Anne Lauzon, adjointe à la direction à l’enfance et à l’adolescence du Centre jeunesse de Montréal, les résidantes des sites d’hébergement ont déjà fait le tour des familles d’accueil, et plusieurs d’entre elles souffrent de trouble d’attachement. «Elles ne peuvent plus vivre en famille, c’est trop menaçant pour elles. Il y a eu trop de coupures dévastatrices dans leur jeune vie», explique la spécialiste. Cette dernière admire la capacité surprenante d’adaptation de ces enfants blessées dans l’âme. «C’est percutant un placement, je ne sais pas comment elles font», dit-elle, ajoutant que la lecture est un médium qui leur permet de s’ouvrir et de créer un lien avec l’éducateur.

Selon l’intervenante qui a œuvré pendant trente ans auprès des jeunes de la DPJ, l’estime de soi des filles qui aboutissent au centre est au plus bas. «Elles n’en reviennent pas qu’on ait fait tant de cas de leurs besoins. Elles se disent, wow!, on est assez importantes pour qu’on nous achète des livres neufs!»

(Photo : Marie-Claude Simard)

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