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Un pont entre deux mondes

L’Accès-Soir

Article mis en ligne le 4 février 2008 à 9:11
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Un pont entre deux mondes
Patrick et Geneviève offrent un accueil chaleureux à tous ceux qui cognent à leur porte. (Photo: Karine Boivin Forcier)
Un pont entre deux mondes
L’Accès-Soir
Chaque soir, le véhicule de L’Accès Soir s’arrête à un coin de rue donné. Des gens y entrent. Ils savent qu’ils y trouveront un peu de compagnie, une oreille attentive. À l’intérieur, Geneviève, Patrick ou Jean-François les accueillent avec enthousiasme. Ils leur offrent du café. Les nouveaux venus s’assoient sur les quelques banquettes beiges. Enfin, ils parlent de tout et de rien, de leur vie, de leurs problèmes, de leurs peines et de leurs joies.
Depuis déjà six ans, L’Accès Soir offre ses services aux groupes marginalisés de la société. Il effectue 14 arrêts par semaine dans les quartiers de Cartierville, d’Ahuntsic, de St-Laurent et de Montréal-Nord. À bord du motorisé de 32 pieds, deux ou trois intervenants offrent un soutien à ceux qui en ont besoin. «Les gens viennent, on les écoute d’abord, on crée un lien», explique Geneviève Gill, intervenante. Ceux qui viennent frapper à la porte du véhicule veulent parfois obtenir de l’aide. Les employés peuvent les diriger vers des services déjà existant ou les accompagner dans leurs démarches. Ils font aussi du dépannage alimentaire les deux dernières semaines du mois, mais préfèrent référer aux banques alimentaires lorsqu’ils le peuvent. «Notre logique, c’est d’être un pont entre les personnes qui ne sont pas rejointes par les organismes et les organismes eux-mêmes», remarque Patrick Valiquette.
Réduction des risques
Le volet prévention est très important pour les membres de L’Accès Soir. «On donne des condoms et des seringues, on vend du matériel d’inhalation», raconte Patrick. Ces services sont fournis de manière anonyme et confidentielle dans une salle fermée à l’arrière du véhicule. La distribution se fait ainsi de manière contrôlée. «On demande comment ça se passe, on donne de l’information», explique-t-il.
Les intervenants pratiquent donc la philosophie de réduction des méfaits. Leur but est d’éviter que les personnes aux prises avec des dépendances rencontrent d’autres problèmes, comme des infections ou le SIDA. «On veut réduire les risques. Quelqu’un qui consomme est à risque. Quand ils viennent chercher des seringues, on peut les avertir qu’il faut se piquer chaque fois avec une nouvelle seringue. On évite l’échange de seringues. On fait aussi de la récupération. On donne des boîtes de récupération de seringues pour qu’ils les ramènent et on les retourne au CLSC. Ça évite de retrouver des seringues partout dans le quartier», ajoute-t-il. Tout le matériel leur est fourni par le département de la Santé publique.
Généralistes
L’Accès Soir reçoit environ cinq à six mille visites par année et se veut un service d’intervention généraliste. Il accueille aussi bien les adultes que les adolescents, peu importe la raison qui les amène. À la différence de bien d’autres organismes, il ne vise pas un créneau particulier de la population ni un groupe marginal en particulier. «Tu peux discuter avec un toxicomane, rencontrer une travailleuse du sexe, donner des conseils à un jeune de 14 ans ou aider un père de famille qui ne s’est pas sorti de son divorce. Il y a une grande diversité de gens», explique Patrick.
Comme le service ne possède pas de créneau particulier, il ne reçoit pas de financement de base. D’année en année, les responsables du projet doivent faire des montages financiers pour arriver à fonctionner. Il faut aussi payer l’essence pour le motorisé. «Nous sommes en recherche constante de financement», déplore Louise Giguère, directrice au RAP jeunesse.
Privilégiés
Les intervenants sont très motivés par leur travail. Ils trouvent valorisant de pouvoir travailler avec les groupes marginalisés. Pour eux, cela permet de voir la personne sous l’étiquette. «Les gens ont beaucoup de préjugés envers eux, mais ça reste des personnes, avec leurs forces et leurs faiblesses. On arrive à les voir sous des facettes auxquelles la société n’est pas habituée», remarque Louise Giguère. Lorsque des gens cognent à la porte de L’Accès-Soir, c’est le fruit d’une démarche volontaire. Cela constitue souvent un grand pas. Les animateurs sont conscients qu’ils ont un contact privilégié avec les marginaux. «On les accueille sans jugement. Juste le fait qu’on soit là, ça leur fait du bien. On peut les écouter. Je me dis que j’ai de la chance d’avoir des liens avec toutes ces personnes que je n’aurais pas connu autrement», déclare Geneviève.
Le projet d’unité mobile d’intervention a débuté en mars 2002. Les intervenants d’Ahuntsic et de Cartierville voulaient répondre à un besoin des gens marginalisés qui n’utilisaient pas les services en place. Un an après sa création, le Projet IPAC a été confié au RAP jeunesse, un organisme de travail de rue. Il s’est ensuite progressivement élargi aux quartiers de Saint-Laurent, puis de Montréal-Nord.

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