Linda Duhamel, conductrice depuis trois ans, considère que les enfants lui apportent beaucoup. Son autobus, impeccable, est décoré avec soins.
(Photo: Marie-Claude Simard )
Virage sur Reverchon
Conduire un autobus scolaire dans l’Ouest-de-l’Île
À 9h10 le matin, tous les écoliers de l’Ouest-de-l’Île sont en classe ou devant leur casier à sortir leurs livres. Les chauffeurs d’autobus scolaires ont accompli leur mission. Mais avant de quitter les routes, une cinquantaine d’entre eux effectuent un virage sur Reverchon.
Cette petite rue qui est la continuité de Saint-Louis vers l’est, abrite la Division Pointe-Claire de la compagnie Transco, qui transporte 15 000 élèves quotidiennement dans la région. Les chauffeurs effectuent deux parcours le matin et les refont en fin d’après-midi. À raison de 15 000$ à 25 000$ par année, ces derniers assurent la sécurité de toute cette marmaille.
Il est vrai que ces conducteurs ne travaillent pas toute la journée. Chez Transco, les chauffeurs arrivent à 6h le matin. Ils réchauffent leur véhicule et effectuent la vérification de routine. «Depuis 1999, nous sommes liés par la loi 490, qui impose cette ronde sécuritaire aux chauffeurs de poids lourds», explique Claude Lacroix, gérant de division.
Pression des pneus, klaxon, lumières, clignotants, tout est vérifié avant d’aller chercher les petits du primaire. Ensuite ce sera au tour des ados de se faire ramasser sur le bord de la route. «Ils sont plus réveillés depuis que l’horaire scolaire a été changé», explique l’ex-chauffeur. Le père de famille trouve qu’effectivement il est logique de faire lever les ados plus tard, mais admet en riant que c’était plus facile de les transporter lorsqu’ils étaient plus zombis.
Après avoir mené les jeunes aux écoles secondaires, la plupart des chauffeurs ont une pause jusqu’après 14h, lorsque les autobus se remettent en branle pour ramener tout le monde à la maison. Certains travaillent ailleurs pendant cette pause, d’autres retournent chez eux. «On a des employés qui font de la livraison ou encore qui font de la surveillance pendant l’heure du dîner, explique Claude Lacroix.
La recrue idéale
Les femmes constituent plus de la moitié des chauffeurs chez Transco. Selon le gérant de division, la mère de famille qui veut retourner sur le marché du travail et qui n’a pas nécessairement de nombreux diplômes, constitue la recrue idéale. «Les femmes sont naturellement plus attentionnées avec les enfants, avance-t-il. De plus, elles restent plus longtemps au service de la compagnie.»
Par contre, il arrive qu’elles soient moins strictes avec les jeunes et qu’en milieu d’année, elles se retrouvent dépassées par certains comportements problématiques. «On a des règles de discipline très claires et les jeunes doivent subir les conséquences immédiatement s’ils ne les respectent pas», affirme Claude Lacroix.
Pénurie de chauffeur
Les transporteurs de la province ne s’en cachent pas, il y a pénurie de chauffeurs au Québec. «Tout le monde peut conduire un autobus, mais pas tout le monde peut devenir chauffeur», explique Lacroix.
Transco offre la formation complète et garantit un emploi en fin de compte. Toutefois, il faut avoir la personnalité adéquate pour faire ce travail, et généralement, seulement la moitié des inscrits réussit à terminer la formation. Évidemment, certains antécédents judiciaires peuvent exclure un candidat. «On travaille avec les commissions scolaires pour établir la grille d’analyse qui nous permet d’évaluer le passé des candidats», ajoute-t-il.
Conduire dans l’Ouest-de-l’Île
Heureusement, dans la région, le travail des chauffeurs est plus agréable qu’ailleurs, car comparativement aux quartiers du centre-ville, les routes sont plus larges. Mêmes après les tempêtes, en général, le gros véhicule réussit à passer.
Bien sûr, ce n’est plus comme dans les années 70, lorsque Claude Lacroix, lui-même écolier, montait sur l’autobus jaune à Pierrefonds. «Les familles étaient alors plus grosses, ça prenait trois stops et on remplissait l’autobus, raconte-t-il. À cette époque, la plupart des chauffeurs étaient des cultivateurs de L’Île-Bizard ou de Pierrefonds-Ouest».
(Photo: Marie-Claude Simard )