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Le courage enseveli

Marie-Claude Simard par Marie-Claude Simard
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Article mis en ligne le 6 avril 2008 à 17:53
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Le courage enseveli
Le courage enseveli
Courir est le meilleur moyen que je connaisse pour relaxer en fin de journée. Remettre le compteur à zéro afin de repartir du bon pied le lendemain.
À l’occasion, je triche un peu et j’accomplis du travail durant mon sauve-qui-peut quotidien. Après tout, courir est un moyen de transport respectable qui se prête bien au métier de journaliste.

Qui eût pu se douter en ce jour du poisson d’avril que, sous mes dehors débraillés de joggeuse, je menais une enquête sérieuse et, à ma façon, veillais au bien commun de l’arrondissement?

«Les bornes-fontaines seront toutes déneigées aujourd’hui», m’avait-on dit à Pierrefonds-Roxboro. J’ai donc décidé d’en avoir le cœur net et me suis élancée à travers le secteur Saraguay dans le but de dénombrer les bornes oubliées.

Comme il faisait chaud, que l’asphalte ruisselait sous les bancs de neige en fonte, je me suis dit qu’il serait bon, du même coup, de vérifier le niveau de la rivière. «La meilleure référence visuelle se trouve à la marina Port-Plaisance», avais-je appris au bureau d’arrondissement. «Si on n’aperçoit que la marche du haut, c’est le temps de s’inquiéter.»

Au-delà du devoir civique, une quête mystique me poussait à prendre mes jambes à mon cou. Au terme de ma course, j’allais enfin découvrir si je pouvais renouer avec un rituel secret qui, pendant les saisons plus clémentes, me permet de refaire le plein de vaillance.

J’entrepris mon circuit au son des pelles carrées qui cassaient la glace fondante dans les entrées. Au bout de 5 km, force était de constater que toutes les bornes étaient réapparues et que la rivière suivait docilement son cours.

Arrivée à la marina, je me suis mise au pas de marche et me suis dirigée vers le monument aux anciens combattants. Malgré les effluves printaniers, seule la cime du cénotaphe était visible et, hélas, dormaient toujours sous la neige les cinq stèles de pierre gravée sur lesquelles j’aime m’asseoir et méditer.

Boîtes aux lettres et bornes-fontaines avaient été dégagées, mais on avait laissé ensevelis Courage, Devoir, Sacrifice, Honneur et Bravoure. L’envie me prit d’appeler le 3-1-1 pour que les cols bleus viennent sortir de leur torpeur ces grandes forces du cœur.

Des éclats de rire ont changé le cours de mes pensées. Trois dames avaient fait fi de la croûte blanche qui recouvrait le parc et jouaient aux cartes sur une table émergeant près de la rivière. Le gazouillis des oiseaux avait une résonance particulière. Je quittai le monument aux anciens combattants, réjouie de constater qu’on venait de gagner la guerre. Cette guerre à l’hiver que l’on mène depuis si longtemps.

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