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Conversation avec un Grand chef algonquin

Le peuple invisible émeut les cinéphiles de la Salle Pauline-Julien

Marie-Claude Simard par Marie-Claude Simard
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Article mis en ligne le 29 avril 2008 à 16:45
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Conversation avec un Grand chef algonquin
Lucien Wabanonik a démystifié certains aspects de la réalité algonquine en répondant aux questions des spectateurs de la Salle Pauline-Julien. (Photo: Jacques Pharand)
Conversation avec un Grand chef algonquin
Le peuple invisible émeut les cinéphiles de la Salle Pauline-Julien
En sortant de la salle Pauline-Julien lundi dernier, la soixantaine de cinéphiles en savaient définitivement plus long sur les Algonquins du Québec. En plus d’avoir assisté à la projection du film Le peuple invisible , ils avaient pu échanger avec le Grand chef Lucien Wabanonik.
La présentation du film de Richard Desjardins et de Robert Monderie s’est déroulée en fin d’après-midi le 21 avril, dans le cadre de la semaine des sciences humaines du collège Gérald-Godin. L’œuvre cinématographique, qui dépeint un triste portrait de la réalité des Algonquins de l’Abitibi et du Témiscamingue, a eu un impact indéniable sur les spectateurs, qui ont pu émettre leur opinion et poser des questions à Lucien Wabanonik. L’éminent leader algonquin s’est exprimé avec franchise et simplicité.

«Nous sommes reconnaissants que Richard Desjardins ait fait un film sur nous, car lorsque cet homme parle, les Québécois écoutent», a expliqué le porte-parole autochtone, qui vit dans la communauté de Lac-Simon. Cependant, nous ne sommes pas partenaires dans cette production. Leur film est complètement indépendant, ce qui lui donne toute sa crédibilité.»

Les réalisateurs ont su capter sur pellicule, les dures conditions de vie des 10000 Algonquins du Québec, répartis dans neuf communautés ou réserves. Leur réalité qui correspond à celle de la majorité des dix autres nations autochtones québécoises, se situe selon le chanteur-réalisateur nettement au-dessous du niveau de vie des canadiens. «Si on ne considérait que les conditions de vie des Amérindiens à travers le pays pour mesurer la qualité de vie ici, le Canada se situerait au 63e rang mondial, juste derrière le Ghana.»

Desjardins n’y va pas de main morte pour dénoncer l’injustice que subissent les Algonquins et l’absence d’intérêt que leurs maux suscitent au sein des gouvernements et de la population. «On se préoccupe beaucoup plus du bien-être et des droits des immigrants que de ceux des autochtones», affirme le réalisateur.

Invité sur scène après le film, Lucien Wabanonik a d’entrée de jeu rappelé à l’audience qu’au tout début, c’est les blancs qui étaient les nouveaux arrivants. «Nous sommes un peuple millénaire. Nous avons accueilli vos pères, nous leur avons montré comment survivre, leurs avons transmis notre technologie…Ils sont venus avec leur monarchie, leurs églises. Nous leur avons appris la démocratie.»

L’algonquin, qui dans sa jeunesse a été forcé de fréquenter un des controversés pensionnats destinés à l’éducation des petits Amérindiens, n’hésite pas à parler de génocide. «La construction du Canada ne s’est pas faite en un jour. Les autochtones y ont participé, mais en cours de route ils ont été mis de côté, puis ignorés. On a tout fait pour nous assimiler.»

Le Leader Agonquin déplore l’apathie du gouvernement fédéral sur la question autochtone. «Vous en connaissez beaucoup des partis politiques qui dans leur campagne électorale présentent une véritable plate-forme sur les questions autochtones?» Aux nombreux spectateurs qui lui ont demandé comment chacun pouvait s’impliquer pour aider les Amérindiens, il a répondu: «vous êtes en âge de voter, n’est-ce- pas? Demander à vos députés quelles sont leurs pistes de solutions aux problèmes des autochtones!»

Lucien Wabanonik se rendra la semaine prochaine, en compagnie d’autres décideurs autochtones, notamment la Grand Chef de la Nation Atikamekw, Éva Ottawa, aux Nations-Unies pour se faire entendre.

(Photo: Jacques Pharand)

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