(Photo: Jacques Pharand)
La mémoire d’un écrivain
George Tautan-Cermeianu se souvient
Écrivain francophone d’origine roumaine, George Tautan-Cermeianu déposera bientôt son 16e roman à la Bibliothèque nationale du Québec. Je m’en souviens, titre encore provisoire de cette histoire qui raconte la vie d’un réfugié de 1948, verra le jour cet automne. Une autre étape dans le parcours de ce grand homme de lettres, un septuagénaire qui n’a rien perdu de sa vivacité, de sa culture, ni de son imaginaire.
«Ce livre est dédié entièrement à ma vie d’immigrant», annonce d’emblée George Tautan-Cermeianu, résident de l’Île-Bizard depuis 18 ans, soit la deuxième famille roumaine à s’y établir. «L’immigration a changé ma vie. J’ai fait une blague à propos de l’Union soviétique qui a été mal reçue et m’a obligé à partir. J’ai adopté le Québec en 1981, le 17 décembre précisément. Ça fait presque 30 ans que je suis immigrant, mais les liaisons à la terre natale restent indéfiniment. C’est terrible de trouver sa place dans un nouveau pays, surtout quand on est plus âgé. J’ai d’ailleurs déjà écrit que tout immigrant est une étoile égarée parmi les galaxies», poursuit l’homme au talent polyvalent, tour à tour journaliste, technicien dans un dépôt de locomotives, universitaire et archiviste, une profession qu’il a exercée après avoir complété un certificat (parmi d’autres) à l’Université de Montréal.
«J’ai, comme plusieurs écrivains, pratiqué de nombreux métiers. Je suis un homme très instruit; j’ai étudié toute ma vie, je continue encore et lorsqu’on a des connaissances, il faut les mettre sur le papier», estime M. Tautan-Cermeianu. «C’est la mémoire qui fait le succès des écrivains et la mienne fonctionne encore très bien, parce que je l’exerce constamment. Puis j’écris d’abord pour l’amour des mots et l’imagination, elle, continue même avec l’âge. Je me suis proposé pour 20 livres et si je vis encore quelques années, ça se réalisera», prédit celui qui a bien raison de sourire, car il ne fait absolument pas ses 75 ans!
L’homme de son époque
S’il est bien chez-lui, entouré de ses livres, manuscrits, diplômes et photos d’époque, George Tautan-Cermeianu veille à garder sa vie tout aussi vive que sa mémoire. «J’aime la vie, c’est la plus belle chose que nous a donné le créateur. On dit de l’écrivain qu’il est solitaire et c’est juste, mais il a aussi besoin de rire, de raconter, d’aller au théâtre… Chaque écrivain doit être l’homme de son époque. Personnellement, je me sens responsable de ce que j’écris et j’essaie d’intégrer le plus d’informations possible dans mes livres. Même si je suis capable d’imaginer toutes sortes de choses, il y a toujours une recherche et une base historique, même scientifique dans mes romans», indique-t-il.
Le livre d’une vie
Des romans, George Tautan-Cermeianu en a écrit de tous les genres: autobiographique, historique, policier et même un de science-fiction, L’île de l’amour, paru en 1999. Sa bibliographie comprend aussi Moi, Dracula, Prince de Valachie, un livre qui fait la lumière sur la véritable histoire du personnage et À la recherche de la terre promise, qu’il a écrit en l’honneur de la guérison de son fils cadet Horia. «Ce roman est dédié au sauvetage de mon fils, mais aussi à tous les immigrants qui se reconnaissent là-dedans.La soif de l’âme déracinée, tous les problèmes de l’immigration sont dans ce livre. Ma vie et mes enfants font inévitablement partie de mes romans, car les livres les plus vrais sont ceux qui disent la vérité. Tout est écrit dans mes livres, c’est mon message pour l’éternité», termine l’écrivain, qui prévoit achever Je m’en souviens ce mois-ci pour le publier en octobre, en prévision du Salon du livre de Montréal.