Un coureur solitaire de Pierrefonds tente de faire vibrer la fibre souverainiste de l’Ouest-de-l’Île lors d’une course matinale sur le boulevard Saint-Charles à l’heure de pointe jeudi dernier.(Photo: Marie-Claude Simard)
Présence et sincérité du Bloc
Est-ce à force de veiller sur les intérêts du Québec que les yeux de Gilles Duceppe sont devenus bleus fleurdelisés ? Avec un regard pareil, il est difficile de douter de sa sincérité lorsqu’il défend la belle province. Même Stéphane Dion se porte garant de l’intégrité de Monsieur Duceppe.
Lors du débat des chefs mercredi dernier, s’en était presque touchant d’entendre les réponses des candidats à la quatrième question du public: «pouvez-vous nommer un bon coup ou une qualité de l’adversaire assis à votre gauche?» Le chef libéral a alors fait l’éloge de la sincérité du bloquiste. Puis suivant le tour de table, les auditeurs ont appris que May est déterminée, Harper bon père e famille, Layton respectueux et Dion intelligent. Ouf! Une trêve dans ce combat à quatre contre un, étourdissant de chiffres à neuf zéros et de volume astronomique de dioxyde de carbone.
Grâce à ses propos bien sentis, sans accent de langue de bois électorale, Duceppe a été proclamé vainqueur du débat des chefs en français. Sincère, soit. Mais présent?
Le chef du Bloc a vu clair en choisissant son slogan électoral, «Présent!». Encore faut-il l’être vraiment. Dans l’Ouest-de-l’Île, la présence du Bloc mérite d’être remise en question.
Le sillon bleu
Jeudi dernier, Daniel Roy, comptable de Pierrefonds, a entrepris de traverser à la course, l’île de Montréal en appui au Bloc Québécois. Une traversée nord-sud sur le boulevard Saint-Charles, on s’entend. 10 km aller-retour. Un sillon bleu dans une mer rouge.
Bien qu’il ait fait de nombreux envois de communiqués, le résidant souverainiste n’a jamais réussi a attiré l’attention des candidats du Bloc ni à réunir des coureurs ou des partisans dans sa course engagée.
Arborant ses couleurs, le membre en règle du parti a couru seul. Malgré tout, il considère que ce fut un succès. «J’ai reçu des centaines de klaxons partisans, des pouces en l’air et des sourires d’encouragements. Seulement quatre pouces vers le bas, mais au moins, ils ont eu la décence de m’insulter en français!»
Évidemment s’il y avait eu un bureau de campagne dans une ou l’autre des deux circonscriptions de la région, il aurait été facile pour le coureur de trouver du support dans son projet ou de s’intégrer à un autre qui l’intéresse. Mais le bureau de campagne du Bloc, regroupant les sept circonscriptions de l’Ouest montréalais, se trouve à Westmount. Le bloc attaque l’ouest justement…en bloc, comme s’il n’y avait pas de différence sur le terrain entre les réalités des gens de Westmount et ceux de Dollard-des-Ormeaux.
Le croc libéral
En regardant la carte des résultats électoraux de 2006, le Québec apparaît comme une grande mer bleue, quelque peu marine par endroits. Mais lorsqu’on clique à plusieurs reprises sur la loupe agrandissant l’image à l’écran, on découvre un petit triangle rouge, recouvrant tout l’ouest de la métropole: le croc libéral.
Et qui le Bloc envoie-t-il dans la gueule du loup? Dans Lac-Saint-Louis, Maxime Clément, un étudiant à temps plein unilingue francophone et à Pierrefonds-Dollard, Reny Gagnon, un résidant de Laval, directeur de campagne des sept circonscriptions de l’Ouest. En fait, les candidats du bloc sont les deux seuls parmi les dix de l’Ouest-de-l’Île qui ne vivent pas dans la région.
Bien sûr, on peut excuser à des candidats de ne pas demeurer dans leur comté, mais il faut tout de même faire acte de présence et pas seulement pendant les trois semaines qui précèdent les élections. Donner des poignées de main, distribuer de tracts (le bon vieux porte-à-porte), avoir un local recouvert d’affiches à l’effigie du chef, sont de bons moyens pour reconquérir le terrain, les autres candidats en savent quelque chose. Et bien sûr, répondre aux questions, même en anglais s’il le faut!
Le consensus général qui règne dans l’Ouest-de-l’Île laissant croire à une harmonie parfaite entre citoyens francophones et anglophones empêche peut-être certaines personnes de s’exprimer. Mais vers qui peuvent-elles se tourner? Et le manque de vigilance quant à l’érosion du fait français, qui va s’en occuper?
D’un autre côté, un parti politique qui défend exclusivement les intérêts du Québec au parlement, ça peut intéresser beaucoup de monde, même les anglophones. Qui va venir leur en parler?
Beaucoup de questions entourent l’option bloquiste dans l’Ouest-de-l’Île. Les réponses arriveront peut-être avec un engagement réel sur le terrain.
Jean-Simon Gagné
Commentaire mis en ligne le 9 octobre 2008Voilà un geste digne d'un vrai souverainiste! Soyons fiers de M. Roy et merci à Mme. Simard pour avoir publié cet article!