Michel Daveluy se dit victime de censure.
Des vidéos YouTube qui dérangent
Une mise en demeure envoyée par Pierrefonds-Roxboro et sa mairesse
Sur l'écran, on peut voir le stationnement arrière de l’IGA Martin, sur la rue Meighen, juste en bordure des cours résidentielles. La vidéo a capté des camions qui attendent en ligne pour livrer leur chargement. Les moteurs tournent sans arrêt. La voix commente: « Là, vous entendez. Voyez les camions? Il y en a quatre-cinq. Et cela, depuis sept heures du matin…»
Ne cherchez pas cette petite vidéo sur le site YouTube, où on pouvait le voir jusqu'à récemment, il n'existe plus. Cette vidéo, ainsi que 12 autres films semblables ont été enlevés la semaine dernière. Son auteur, Michel Daveluy, a reçu, le premier octobre dernier, une mise en demeure de la part de l'arrondissement de Pierrefonds-Roxboro et de sa mairesse, Monique Worth. «Je n'ai pas les moyens d'aller en cour», affirme le citoyen de Pierrefonds-Roxboro.
En fait, il s'agit de 12 petits films, d'environ deux minutes chacun. Souvent, l'auteur y montre un désagrément, que ce soit un trou dans la rue ou un parc d'enfants coincé entre une rue passante et un stationnement. Et Michel Daveluy y va de ses commentaires, assez colorés, à l’occasion carrément insultants, sur la compétence de Monique Worth.
«Vos accusations diffamatoires quant à la compétence de la mairesse, sa rémunération, son ancien lieu de résidence, sa capacité à gérer et sa transparence dans ses propos démontrent clairement, à notre avis, que vous avez abusé de vos droits de manière malicieuse (…)», peut-on lire sur le document envoyé par huissier.
Ce sont les propos et non pas l'image qui a choqué la mairesse. «Quand j'ai trouvé ce qui s'est passé sur YouTube, je ne pouvais pas laisser véhiculer des choses comme ça sur moi», affirme Monique Worth. «J'ai demandé l'avis du conseil. Et le conseil [d'arrondissement] m'appuie dans cette démarche.»
«C'est mon langage», se justifie Michel Daveluy. Selon les dires du vidéaste amateur, c'est sa façon de dénoncer la situation, il n’en faisait pas une affaire personnelle. «Quand elle me dit "ça va, ça va, ça va" pour me faire taire, ce n'est pas plus poli! En assemblée [publique] l'autre jour, je n'ai pas eu le temps de lire les six pages. Les "pour" par contre, ils ont discuté le temps qu'ils voulaient!»
Selon Michel Daveluy, il s'agit d'une poursuite-bâillon. Monique Worth, elle, ne croit pas qu'il s'agisse de censure. Selon elle, les citoyens ont le droit d'exprimer leur désaccord, mais les attaques personnelles ne sont pas justifiées.
La mise en demeure touche également des propos sur l'administration de l'arrondissement: «Vous avez porté atteinte à la réputation de la Ville de Montréal et, plus particulièrement, à l'égard de l'arrondissement Pierrefonds-Roxboro, en prétendant que l'administration municipale a traité les citoyens de Roxboro comme des citoyens de ‘troisième classe’ (…)»