(Photo: Jacques Pharand)
Un village souverain
Ryan Young présente un documentaire sur les fusions et défusions municipales à Sainte-Anne-de Bellevue
C’est par amour pour son village et pour remettre en question le processus soi-disant démocratique par lequel les fusions municipales ont été imposées que Ryan Young a documenté en temps réel cette période déchirante de l’histoire de Sainte-Anne-de-Bellevue.
Dans un documentaire de 115 minutes intitulé Un village souverain, le réalisateur de 36 ans fait état de la douleur de ses concitoyens qui se sont carrément fait voler leur village en 2001, de leur colère de n’avoir pas été consultés, de leur acharnement à le récupérer et finalement, de la fierté jubilante avec laquelle ils ont obtenu sa reconstitution effective en 2006.
«Ici, les gens sont très patriotiques et extrêmement attachés à leur patelin! C’est incroyable qu’un parti souverainiste comme le PQ ait passé le rouleau compresseur sur le sentiment identitaire des villageois de la sorte», s’exclame le cinéaste qui a grandi à Sainte-Anne-de-Bellevue.
Une erreur de jugement qui aura coûté cher au Parti Québécois, selon le maire Bill Tierney qui est un protagoniste important dans le documentaire. «Les péquistes vont perdre les élections à cause des fusions municipales», prophétise-t-il à l’écran, 18 mois avant l’entrée au pouvoir en 2003 des Libéraux, qui d’ailleurs, ont été élus à cause de leur promesse de défusions, déclarera le leader annabellevois plus tard dans le film.
Interrogeant plusieurs résidants qui sont touchants de réalisme, le réalisateur réussit à dresser un portrait savoureux de cette population francophone et anglophone qui aime faire la fête et qui monte aux barricades pour sauver son village adoré. Avec en trame sonore des chansons d’auteurs locaux, le documentaire transporte le spectateur dans le temps, vers cette ville frontalière réputée pour la traite de fourrure, indulgente aux excès des coureurs des bois et dévouée à la sainte patronne des marins, Anne, la mère de Marie.
«Lorsque j’ai appris que Bourque voulait fusionner les 27 villes de l’île de Montréal, je vivais (pour étudier) dans la région de Toronto, où les fusions de 1996 s’étaient avérées un désastre. C’est alors que j’ai décidé de faire un film sur ce qui se passait chez moi», raconte Ryan Young, également professeur en production radio et média au collège John Abbott et candidat du Parti vert au fédéral et au provincial.
Au bout de sept longues années de travail, avec une aide financière de la ville de 7000$ et un investissement personnel beaucoup plus important, le réalisateur termine son film en 2007 et le dédie à son père Bert Young, décédé en 2003. «Il était farouchement opposé aux fusions… Il n’a malheureusement pas vu la reconstitution de la ville.» C’est d’ailleurs le moment fort du film, de voir le peuple véritablement prendre son destin en main et, malgré les embûches de la loi 9, réussir à gagner le référendum sur les défusions de 2004.
Le documentaire sera présenté le 15 novembre au Théâtre Casgrain du collège John Abbott (21 275, chemin du Bord-du-Lac), à 19h30. Les billets au coût de 10$ sont en vente au Café Twigs (83, rue Sainte-Anne) et seront également disponibles à l’entrée. L’auteur prévoit également des projections ultérieures à Beaconsfield, Montréal Ouest, Concordia et L’Île-Bizard et prépare une version plus courte pour la télévision.