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Bienvenue dans le 21e siècle

L’incontournable virage vers les transports en commun

Marie-Hélène Verville par Marie-Hélène Verville
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Article mis en ligne le 21 novembre 2008 à 17:53
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Bienvenue dans le 21e siècle
L’incontournable virage vers les transports en commun
Quatre heures en train, en métro, en autobus et à pied. Voilà le temps de l'aller-retour que vivait à chaque jour de la semaine Justine Cotton-Montpetit, du Plateau-Mont-Royal, vers les bureaux de Transcontinental à Dollard-des-Ormeaux. Elle qui n'avait jamais senti le besoin d'avoir une voiture ni même un permis valide, a l'un et l'autre maintenant.
Plusieurs acteurs clefs de la communauté de l'Ouest-de-l'Île, réclament un meilleur service de transport en commun pour la région. Il ne s'agit pas d'ajouter un autobus ici et là. En fait, tout le système est à repenser.

«Dans l’Ouest-de-l’Île, il y a une population totale d'environ 230 000 personnes. De ce chiffre, on compte 110 000 personnes actives sur le marché du travail, dont environ 50 000 qui vont travailler ailleurs. Si 50 000 personnes sortent de la région, 50 000 autres personnes environ viennent de l'extérieur pour travailler sur le territoire. Et il n'y a pas de transport pour accommoder ces 100 000 personnes-là», note la tête dirigeante du CLD de l'Ouest-de-l'Île, Gerry Arsenault. Il siège également sur le comité aviseur du Projet services ferroviaire passager.

Ces chiffres ne tiennent pas compte des gens de la région Vaudreuil-Soulanges qui traversent le territoire de l'Ouest-de-l'Île matin et soir pour aller travailler à Montréal ou ailleurs. Ils sont d'ailleurs de plus en plus nombreux. Selon l'Institut de la statique du Québec, la croissance démographique de cette MRC était de 154% entre 1971 et 2005, comparativement à 26% en moyenne dans le reste du Québec.

La majorité des industries de la région sont situées dans les parcs industriels qui longent l'autoroute 40. Les besoins d'infrastructures sont immenses, affirme Gerry Arsenault. «Si on parle spécifiquement du lien ferroviaire du Centre-Ville à Sainte-Anne-de-Bellevue... On a des employeurs ici qui cherchent des employés, qui ont de la misère à en trouver, parce que le transport en commun n'est pas adapté. D'un autre côté, on a des gens à la ville de Montréal qui se cherchent des emplois!»
La rengaine des banlieues américaines
«L'Ouest-de-l'Île n'a pas été développée pour, il faut se creuser les méninges pour réussir à intégrer les transports en communs», explique l'urbaniste et le dirigeant de Projet Montréal, Richard Bergeron. «Il y a tout de même quelque chose à faire», explique l'homme en présentant son projet de tramway. «Le premier lieu de l'étalement urbain, c'est l'Ouest-de-l'Île», rappelle-t-il. La grande partie du développement de la région est contemporaine au rêve américain de banlieues des années 50, tout en bungalows, en terrains et en voitures.
La voiture a toujours été souveraine ici, mais pour combien de temps? «Les distances d'un point à l'autre sont grandes dans l'Ouest-de-l'Île. On ne peut pas nécessairement marcher pour aller faire ses commissions», rappelle Ann Davidson, directrice du Centre de ressources communautaires et présidente de la Table de concertation des aînés de l'Ouest-de-l'Île. Selon elle, les personnes âgées doivent pouvoir avoir accès à des autobus qui soient plus fréquents, moins chers et d'où ils pourront embarquer facilement.

Cette distance constatée par Ann Davidson, celle qui rend nécessaire l'utilisation de la voiture pour aller d'un point A au point B, est également au cœur des préoccupations des intervenants sociaux d'ici. «On dit toujours que dans l'Ouest-de-l'Île, on est riches. Je leur dis oui, mais il y a des poches de vulnérabilité», affirmait la directrice du réseau Enfance famille jeunesse, Ruth Bresnen, lors d'une entrevue parue le 19 octobre dernier dans les pages du Cités Nouvelles. Lors du Sommet local sur la maturité scolaire qui s'est tenue en octobre dernier, plusieurs intervenants présents ont déploré le manque de transport en commun, pour se rendre au CLSC, par exemple.

Le même chose son de cloche a été entendu lors du Forum 2008 «1, 2, 3 Go!», présenté au centre communautaire de l’Est à Pierrerfonds mardi dernier. Cet organisme de sensibilisation s'intéresse aux enfants de moins de 5 ans. Diane Cardinal, ancienne directrice de l'école Harfang-des-Neiges et chargée de projet pour «1,2,3 Go!», y a présenté un portait de la communauté de Pierrefonds-Est et Cloverdale. Selon elle, les gens interrogés sont insatisfaits des transports en commun ici. «Aux heures de pointe par exemple, plusieurs femmes se sont plaintes qu'elles ne peuvent pas circuler avec une poussette. Certains chauffeurs d'autobus refusent de les embarquer, d'autres n'arrêtent même pas.» Certains trajets peuvent durer 2 heures et demie de temps, se sont-elles plaintes, alors qu'ils prendraient 15 minutes en voiture.
Détruire les autoroutes, une idée folle?
«Les villes les plus congestionnées au monde, Atlanta par exemple, sont celles qui sont allées le plus loin dans le "tout à l'auto"», explique Richard Bergeron. Il cite également la ville de Los Angeles, qui a été développée sciemment dès les années 1930 pour la voiture. À présent, les embouteillages y sont mythiques. Cet état de fait s'explique par la notion de trafic induit, qui fait en sorte que plus c'est facile d'emprunter la route, plus il y aura d'autos sur ces mêmes routes. «La beauté de la chose, c'est que ce principe s'applique aussi au transport collectif», explique le politicien.
Louis Drouin, médecin et responsable du secteur Environnement urbain et santé à la Direction de la santé publique, rêve de boulevards urbains avec voies de transport en commun intégrées. Il plaide que plusieurs villes américaines veulent démanteler leurs autoroutes en milieu urbain, au lieu d'en construire des nouvelles. Cela permet, entre autres, de revitaliser certains secteurs qui ont été fracturés par la venue de l'autoroute. «Malheureusement, nous sommes encore accros à l'auto. Notre vision est encore celle des années 60», explique l'homme. Et l'argent? L'argument ne tient pas la route, selon Louis Drouin. Il donne en exemple le projet de l'échangeur Turcot, qui sera refait bientôt. «Si on coule pour 1,5 milliard de dollars de béton sur Turcot, nos enfants vont nous accuser plus tard d'avoir manqué de vision.»

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