La chaussure de verre de la neutralité
Très peu de gens, j’en suis convaincue, peuvent se vanter d’avoir un jour effleuré le lainage de Jean Charest ou d’avoir regardé par inadvertance dans l’oreille de Gérald Tremblay.
Du côté des journalistes par contre, graviter dans l’espace vital des élus fait partie du métier. Rien de plus normal que de brandir un micro au visage d’une politicienne, ou de se lancer aux trousses d’un ministre qui tente de quitter discrètement un point de presse.
Nombreux se sont réjouis devant les images du journaliste irakien qui a lancé ses chaussures au visage de Georges Bush la semaine dernière. Étant donné que le président américain est le bouc émissaire de la terre entière, le correspondant de la télévision Al-Bagdadia est rapidement devenu un héros international.
Toutefois, en faisant ce geste passionné, libérateur pour plusieurs, Muntadar Al-Zeidi a transgressé la règle la plus sacrée du métier, ce serment auquel tout journaliste adhère pour avoir accès aux parlements, aux zones de guerres et à l’entourage des décideurs de ce monde: la neutralité.
Cette proximité privilégiée est la pierre angulaire de la liberté de presse. Un privilège précieux et fragile à ne pas jeter avec une paire de vieux souliers.