Lwaza
Pulsions africaines
Dans sa plus récente création, la chorégraphe montréalaise Zab Maboungou remue l’espace, met au défi les notions de geste et de mouvement et fait du corps une dimension. Lwaza, une danse de caractère qui respire l’énergie et la puissance, une porte ouverte sur les rythmes africains.
Née à Paris d’une mère française et d’un père congolais, Zab Maboungou est au Québec depuis plus de vingt ans et dirige le Cercle d’expression artistique Nyata Nyata, une compagnie de danse contemporaine africaine, qu’elle a fondé à Montréal en 1986. Solidement inspiré des traditions musicales africaines, son travail a quelque chose d’audacieux, de libre et de vibrant, qui révolutionne la danse, mais aussi la conception que l’on se fait du spectacle. Après son solo Nsamu présenté en 2003, voici qu’elle récidive avec Lwaza, une pièce en réponse à la précédente, où elle explore et déconstruit.
«Lwaza, signifie bavardages en kikongo, bruit, agitation, vacarme. C’est une pièce qui met en scène plusieurs personnages et qui se construit autour des caractéristiques personnelles de chacun. Généralement, mes créations n’ont pas d’histoire spécifique et ne sont pas élaborées autour de thématiques sociales par exemple. Ce qui m’intéresse d’abord, c’est le mouvement et j’aborde des thèmes abstraits comme le temps, la mémoire et l’énergie, à partir desquels je bâtis des structures rythmiques dans l’espace», explique la chorégraphe.
Corps et tambours à l’unisson
Pour plusieurs, les musiques de l’Afrique évoquent des danses chaudes et frénétiques, des rythmes qui rappellent les pulsions cardiaques. Dans l’univers de Maboungou, les racines africaines sont inévitables, mais elle va bien au-delà de la tradition, à travers un point de vue proprement contemporain. «Je mets les rythmes africains en scène comme je mets en scène les danseurs, soit en travaillant sur le temps et la continuité et en gardant le corps comme élément central. La musique est au cœur même de mon esthétique car, pour moi, elle est bien plus qu’un accompagnement pour mes pièces, elle est inhérente à la chorégraphie. Le tambour devient un langage, un mouvement et il se mêle aux personnages. Les danseurs vibrent au diapason des tambours et les rythmes des corps rejoignent ceux des percussions», décrit-t-elle.
Photo Dominic Goyet
(Photo: Lwaza 06-10-08-42)