Boucar le gaspésien
Le sénégalais d’origine Boucar Diouf, a présenté mercredi dernier,un spectacle d’humour de grande étoffe, devant des parents et des enseignants réunis dans le gymnase de l’école Perce-Neige. Cet événement organisé dans le cadre de la semaine québécoise des rencontres culturelles, a su unir par le rire une foule multi-ethnique, dans un établissement scolaire qui confronte quotidiennement les notions d’immigration et d’intégration culturelle.
«Le but est de mettre en contact des gens de diverses cultures,» explique François Grou du ministère de l’Immigration et des communautés culturelles qui a organisé la soirée, en collaboration avec le Carrefour des 6-12 ans de Pierrefonds-est et la Commission scolaire Marguerite Bourgeois.
Établi à Rimouski depuis 1991, et ex-professeur dans le département d’océanographie de l’université de Rimouski, Boucar Diouf a su créer un spectacle dont la force repose sur la grandeur poétique du folklore africain, ainsi que sur une connaissance inégalée du parlé québécois. Conteur hilarant, mélangeant les sapins aux palmiers, l’artiste transmet sans équivoque le profond attachement qu’il voue à sa terre natale, ainsi qu’à sa terre d’adoption.
Deux mondes
Boucar fait ressortir de façon cocasse, les similitudes et les différences entre le peuple africain et le peuple québécois. Il va jusqu’au bout des stéréotypes en juxtaposant la notion de cannibalisme avec la tradition de manger des grands-pères à la cabane à sucre. Il traite le public de nonos pour chanter «dondaine-laridaine-mèta-patali-matou» sans savoir ce que ça veut dire. «Chez nous ça signifie: on ne peut pas courir et se gratter les fesses en même temps» affirme-t-il en riant.
Loin de tomber dans les discours moralisateurs, Diouf fait reluire à sa façon, les avantages qu’a un immigrant à bien s’intégrer à la société québécoise. Dans la période de questions qui a suivi le spectacle, le Sénégalais du bas du fleuve a affirmé avec conviction qu’«on peut être doublement enraciné. Il ne faut pas avoir peur de perdre sa culture.» Boucar se proclame lui-même 100% africain et 98% québécois. «J’ai grandi au Sénégal, j’ai grossi à Rimouski», ajoute-t-il en riant.
Nécessité de l’humour
À la question, «que faites-vous pour aider l’Afrique?», Boucar répond: «je propage une image drôle, poétique et pleine de sagesse de ce continent». Il admet que ses parents qui vivent toujours au Sénégal, ressentent beaucoup de fierté à l’idée que leur fils est professeur dans une université canadienne. «Je ne leur ai pas encore dit que maintenant, je fais rire les blancs pour de l’argent.»
Photo Marie-Claude Simard
(Photo: Diouf 06-10-08-31)