Charles Aznavour en répétition au Mountain Winery en Californie, le 25 septembre dernier.
Photo Marie-Claude Simard
(Photo: Aznavour 06-10-08-29)
Le cadeau d’Aznavour
Du 15 au 26 septembre dernier, j’étais en tournée aux États-Unis avec Charles Aznavour, non pas en tant que journaliste, mais comme violoncelliste. Le jour du dernier spectacle, sur le site enchanteur d’un vignoble californien, Monsieur Aznavour m’a fait un cadeau. Permettez-moi, chers lecteurs, de le partager avec vous.
Le cadeau que Monsieur Aznavour m’a donné, ce n’est pas un secret qu’il m’aurait confié. Les mots échangés entre le chanteur octogénaire et ses 11 musiciens étaient des denrées rares, lors de cette tournée d’adieu américaine. Règle générale, Monsieur Aznavour arrivait aux répétitions une fois que les musiciens avaient commencé à jouer, et quittait avant la fin de la dernière chanson. Il saluait cordialement tout le monde et faisait ses demandes avec courtoisie. En dehors de la scène, il était entouré de l’agent, des producteurs et de deux gardes du corps.
Ce cadeau n’est évidemment pas un objet, qu’il me serait de toute façon impossible de diviser en mille. Les biens matériels que j’ai rapportés de tournée sont des t-shirts «Hollywood», ainsi que des bottes de cow-boy, que j’ai achetées à New York. J’admets être revenue avec un cachet intéressant, mais permettez-moi de le garder en entier, car en ma qualité de violoncelliste-journaliste-photographe-pigiste, les temps peuvent être durs entre les bons contrats.
Ce n’est pas non plus un cadeau musical qu’il m’a offert. Cela m’attriste, je l’avoue. J’aurais aimé que mon expérience avec le grand Charles me grandisse en tant que musicienne, mais non, ça ne s’est pas passé. Je n’ai pas senti de réelle complicité entre lui et l’orchestre. Il a chanté, on l’a suivi. Sur scène, nous bénéficions d’une sonorisation plutôt aride, seule façon de jouer juste, et de rester rythmiquement homogène. Il aurait fallu être assis dans la salle, pour véritablement jouir de sa voix magnifique, et apprécier les textes de ses chansons.
De derrière mon lutrin, j’étais fascinée par ce petit homme de 82 ans, qui pour des raisons connues de lui seul, continue de bosser sur les scènes du monde entier. Durant les répétitions, il m’arrivait de quitter mon siège de violoncelliste, et de prendre des photos du chanteur. Ce dernier me laissait faire, sans m’accorder la moindre attention. Et puis le dernier jour, pendant la vérification sonore, comme pour me faire un cadeau, il s’est retourné vers moi, et a braqué son regard dans l’objectif de ma caméra.
Le cadeau que je partage avec vous, c’est le regard d’Aznavour, regard avec lequel il a vu la vie défiler, et qui lui a permis d’écrire ses belles chansons. Regard qu’il pose encore aujourd’hui, soir après soir, sur des milliers de gens qui fondent d’amour pour lui.
Photo Marie-Claude Simard
(Photo: Aznavour 06-10-08-29)