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Nouveau règne sur le Nitaskinan

Première femme à devenir Grand-Chef d'une communauté amérindienne

Marie-Claude Simard par Marie-Claude Simard
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Article mis en ligne le 13 octobre 2006 à 16:15
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Nouveau règne sur le Nitaskinan
Éva Ottawa (au centre en bleu), élue Grand-Chef de la Nation Atikamekw, et à ses côtés Geoffrey Kelley, ministre délégué aux Affaires autochtones et député de Jacques-Cartier, lors de la cérémonie d'assermentation qui a eu lieu à Manawan, le 7 octobre dernier. (Photo: Grand Chef 06-10-15-17) Photo: Marie-Claude Simard
Nouveau règne sur le Nitaskinan
Première femme à devenir Grand-Chef d'une communauté amérindienne
Sous un soleil resplendissant, dans un robe qui se fondait au bleu du ciel, Éva Ottawa est devenue, samedi le 7 octobre, Grand-Chef de la Nation Atikamekw et présidente du Conseil de la Nation. Plus de 200 personnes, dont Geoffrey Kelley, ont formé un cercle humain, au centre duquel a eu lieu le rite traditionnel.
La cérémonie d’assermentation s’est déroulée dans la splendeur automnale du Nitaskinan (notre territoire en langue Atikamekws), à Manawan, communauté située à 72 km au nord de Saint-Michel-des-Saints. «C’était très important pour moi d’assister à cet événement», a déclaré Monsieur Kelley, député de l’Ouest-de-l’île et ministre délégué aux Affaires autochtones, car selon lui, l’élection d’Éva Ottawa marque un point tournant dans l’histoire contemporaine de la Nation Atikamekw. «Je fus très touché par la beauté de la cérémonie,» ajouta-t-il.
Femme de coeur
Agée de 37 ans, détentrice d’un baccalauréat en droit et d’un autre en sociologie, Éva Ottawa est la première femme à devenir Grand-Chef de la Nation Atikamekw, et également première femme à occuper cette fonction dans toute l’histoire des Premières Nations du Québec et du Labrador. «Je vais beaucoup écouter,» affirme-t-elle, faisant allusion au caractère féminin de l’écoute attentive. La jeune femme explique que les Atikamekws ont toujours donné un rôle décisionnel important aux femmes, et que ce n’est que depuis quelques générations seulement, qu’elles ont été écartées du pouvoir.
Au son des tambours et des chants d’honneur, Éva est entrée dans le cercle par la porte de l’Est, où brûlait le feu sacré. Ses pieds chaussés de mocassins traditionnels ont foulé le sol couvert de branches de cèdre, jusqu’au mat qui se dressait au centre. Habitée d’une grande émotion, la jeune femme a été purifiée, et a écouté, immobile, l’émouvante prière Atikamekws qui a commencé en ces termes: «Ô Grand Manitou, Isolé dans ma détresse, dans mes difficultés, j’ai besoin de Toi.» Ensuite les discours des chefs ont suivi, ainsi que la remise des cadeaux. Le tout s’est déroulé dans la langue Atikamekw. «Je me sentais comme le jour de mes noces», confia Éva le lendemain, comme à l’éveil d’un beau rêve.
Symboles
Une excursion sur l’eau, hautement symbolique, faisait également partie de la cérémonie. Deux rabaskas ont participé à ce rituel. Dans le premier, ont embarqué la Grand-Chef et trois membres du conseil de bande, tandis que dans l’autre se trouvaient des chefs de clans et des chefs territoriaux. Par cette courte expédition sur les flots dorés du lac Métabeskéga, chacun s’engageait à travailler ensemble. «Ma priorité sera de solidifier les liens, et de favoriser la communication à l’intérieur de la Nation Atikamekw», a expliqué Éva. Dans un deuxième temps, la Grand-Chef souhaite reprendre les négociations pour signer un traité avec le gouvernement provincial et le gouvernement fédéral.
Après une envolée de ballons spectaculaire, un festin sous la tente a couronné l’événement. Un orignal entier, chassé pour l’occasion, a nourri les centaines de convives qui étaient présents. Les dorés du lac, concoctés en un délicieux «spécial du Camp des Dix» ont eux aussi contribué au succès du repas traditionnel. La lune que les Atikamekws appellent grand-mère, veillait dans sa plénitude, sur la Grand-Chef nommée Éva, comme la première femme de l’humanité.

(Photo: Grand Chef 06-10-15-17)

Photo: Marie-Claude SimardPhoto: Marie-Claude Simard

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