Claude Jourdain, conseiller en économie sociale du CLD de l’Ouest-de-l’Île.
Photo: Jacques Pharand
(Photo: Personnes agees Jourdain 06-10-15-15)
Construction de logements pour les personnes âgées autonomes, à quel prix?
Le CLD de l'Ouest-de-l'Île a identifié cinq sites et invite le milieu à s’engager
Depuis quelques années, les résidences pour personnes âgées poussent comme des champignons dans l’Ouest-de-l’Île en raison, comme partout ailleurs au Québec, du vieillissement de la population. La majorité de ces nouvelles constructions visent une clientèle aisée qui a les moyens de payer entre 2 000$ et 3 000$ par mois pour se loger et recevoir des soins médicaux. Une dépense qui ne convient pas à tout le monde.
Que font les autres, les personnes âgées autonomes qui n’ont ni les revenus ni les économies nécessaires pour acquitter une telle facture? Le CLD de l’Ouest-de-l’Île a identifié cinq sites où des logements abordables pourraient être construits dans le cadre du programme Accès-Logis, financé par la Société d’habitation du Québec (SHQ).
Trois des cinq sites, occupés par des établissements ou des bureaux que la Commission scolaire Lester-B.-Pearson, sont fermés ou abandonnés: l’école Allancroft de Beaconsfield (qui sera fermée en décembre), l’école Charles A. Kirkland de l’arrondissement Pierrefonds-Roxboro et l’ancien centre administratif situé sur Des Sources Road à Pointe-Claire.
Claude Jourdain, conseiller en économie sociale au CLD de l’Ouest-de-l’Île, explique que les immeubles construits pour héberger des personnes âgées autonomes seraient subventionnés par la SHQ et l’agglomération. En vertu du programme Accès-Logis, la SHQ accorde une subvention couvrant 50% des coûts. L’agglomération, de son côté, défraie 15% de la somme requise et le reste est constitué d’un emprunt hypothécaire conventionnel auprès d’une institution bancaire. Ce prêt est cependant garanti par la SHQ. De plus, la SHQ appuie financièrement de 20 à 50% des résidants à faibles revenus.
En 2000, selon les statistiques de la Santé publique de Montréal fournies par le CLD de l’Ouest-de-l’Île, 1 370 personnes âgées de 65 ans et plus vivaient de faibles revenus sur le territoire du CLSC Lac Saint-Louis, alors que 2 085 résidaient sur le territoire du CLSC Pierrefonds.
Engagement du milieu
Les ressources du milieu seront mises à profit et appelées à s’engager dans cette initiative du CLD de l’Ouest-de-l’Île, puisque la gestion des immeubles sera confiée à un OBNL: «Nous voulons que chaque projet qui verra le jour soit pris en charge par le milieu. C’est, de notre point de vue, une garantie de succès à long terme. [...] Nous visons un prix de location qui pourrait avoisiner les 650$ à 700$ par mois, mais bien sûr nous parlons de personnes âgées autonomes qui requièrent des services et soins légers. Nous voulons offrir un logement aux gens qui ne peuvent pas être propriétaires. L’Ouest-de-l’Île est une région privilégiée au chapitre des revenus de sa population, mais cette constatation masque le fait qu’il y a aussi des gens qui ont à composer avec de faibles revenus.»
Le CLD de l’Ouest-de-l’Île travaille de concert avec le Conseil en développement de l’habitation (CDH) qui évalue présentement le potentiel des sites identifiés par le CLD. Un architecte du CDH doit faire, au cours des prochaines semaines, l’inventaire des sites et analyser, en vertu du zonage et de la superficie, quelles sont les possibilités: «Nous essayons d’agir en tant que catalyseur, relate M. Jourdain en parlant du rôle du CLD. Parce que nous connaissons les programmes et les ressources financières. Nous voulons favoriser la réalisation de ces projets avec l’expertise technique du CDH, mais c’est bel et bien le milieu qui va les gérer en formant un OBNL pour chaque projet mis de l’avant. Nous pensons que les besoins d’hébergement pour les personnes âgées autonomes sont importants dans l’Ouest-de-l’Île et que cette initiative sera soutenue par les municipalités et les arrondissements.» Selon M. Jourdain, les CLSC Lac-Saint-Louis et Pierrefonds soutiendront ces futurs sites d’hébergement en offrant des services aux résidants. À cela s’ajouteront des services de transport des aînés vers leurs rendez-vous médicaux, un autre projet que peaufine actuellement le CLD.
Jouer dans les plates-bandes du privé ?
Est-ce que le CLD de l’Ouest-de-l’Île joue dans les plates-bandes du secteur privé en lançant cette initiative? Claude Jourdain croit que non. La communauté, avec ces projets d’hébergement, va occuper un marché qui n’intéresse pas les prometteurs, dit-il: «Nous ne serons pas dans la même catégorie de marché. Ce n’est pas en construisant 60 à 80 logements abordables qu’on va concurrencer le privé ou lui nuire. […] Nous regardons les sites qui appartiennent à la Commission scolaire Lester-B.-Pearson parce que nous avons plus de chance de les réaliser à cause des affinités que nous avons avec cette organisation publique. Mais si la commission scolaire veut y aller avec la valeur du marché, comme dans le cas du terrain de l’école Allancroft qui est évalué à 4 millions de dollars, c’est sûr qu’à ce prix-là nous ne pourrons pas réaliser du logement social, pas à cet endroit à tout le moins.»
M. Jourdain ne cache pas qu’un cadeau des municipalités ou des commissions scolaires, par exemple le don d’un terrain, aiderait beaucoup la construction de logements abordables pour les personnes âgées autonomes: «Je crois que ce serait une bonne idée de conserver le volet public des terrains que nous convoitons.»
Photo: Jacques Pharand
(Photo: Personnes agees Jourdain 06-10-15-15)
Photo: Stéphane Brunet
(Photo: Personnes agees École 06-10-15-14)