Les résidants de Pierrefonds doivent payer les cages pour capturer les petits animaux sauvages sur leur terrain, tandis que ceux de Roxboro n'ont pas besoin de débourser. Une conséquence de la valse des fusions-défusions.
Ratons laveurs cosmopolites
Qui doit payer pour exproprier les bêtes indésirables de sous les balcons résidentiels?
Les citadins endormis, ratons laveurs, moufettes et autres se réunissent pour un festin nocturne. Parlez-en à Norman Santamaria, un citoyen de Pierrefonds qui héberge sur son terrain une famille de huit ratons laveurs, plus quelques moufettes à l’occasion. Déménager les bêtes pourrait lui coûter jusqu’à 400 dollars.
Patrouille canine GL, la compagnie qui est employée à contrat sur le territoire de Pierrefonds, facture 40 dollars pour poser une cage et pour reloger un animal ailleurs. Si le nombre d’animaux se multiplie, la facture aussi. Certaines villes paient la note, d’autres pas. «La décision revient à la ville. Par exemple, nous desservons Sainte-Thérèse, et c’est la municipalité qui paie la note», affirme monsieur Daniel de la Patrouille canine GL.
À Montréal, la valse des fusions-défusions a compliqué l’affaire. La facture revient à la ville ou à l’utilisateur, selon les règlements en vigueur dans les anciennes municipalités. Parfois, des citoyens d’un même arrondissement ne sont pas égaux devant les affres des bêtes urbaines, comme c’est le cas pour l’arrondissement de Pierrefonds-Roxboro. Dans Pierrefonds, les gens paient, mais pas les résidants de Roxboro. À l’arrondissement, on nous explique que de toute façon, tous les citoyens paieraient la note dans le compte de taxes si la ville s’acquittait des frais. D’ailleurs, il n'y a présentement qu'une seule cage pour couvrir tout le secteur de Roxboro, parce que les quatre autres sont brisées. L’environnementaliste Susan Kipprien, s’insurge de cette situation: «Les animaux en zone urbaine sont une conséquence du déboisement dû à la construction des nouveaux développements. Ce n’est pas aux citoyens à payer pour cela.»
Une panacée?
Il faut savoir qu’un animal pris en cage sera relâché dans la même ville. «Il existe environ 18 ratons laveurs par kilomètres carrés en milieu urbain, note Pierre Barnoti, le directeur général de la SPCA canadienne. Si les gens de Pierrefonds vont les porter à Dorval et ainsi de suite, on joue à la chaise musicale!» De plus, un animal en milieu urbain ne peut être relâché en campagne parce qu’il pourrait amener des maladies chez les animaux de cette région. Le mieux à long terme est de rendre les terrains résidentiels inconfortables. Par exemple, mettre ses vidanges dans un haut bac en plastique, muni d’un couvercle, comme à l’Île-Bizard. Ça évite le buffet à volonté, la journée de la collecte des poubelles. Ou alors, poser un grillage de poule au-dessous du cabanon, pour éviter que les petites bêtes s’y creusent un abri pour l’hiver.
Un vide juridique
La plupart des villes vont confier à des compagnies le service de fourrière, la vente de licences d’animaux et la gestion des animaux sauvages. Ces compagnies sont choisies par soumission. Celui qui obtient le contrat est, dans la plupart des cas, le moins cher. Pour des raisons surtout budgétaires, Patrouille canine GL utilise une chambre à gaz pour euthanasier les animaux, contrairement à la SPCA ou au Berger Blanc par exemple, qui font tous deux affaire avec un vétérinaire. La méthode des chambres à gaz est légale, mais elle est contestée par certains, dont la SPCA.
«Les chambres à gaz peuvent être une méthode d’euthanasie acceptable, mais il faut procéder de la bonne façon. En fait, le problème avec cette méthode est qu’elle n’est pas contrôlée. Il faudrait, à l’échelle des MRC par exemple, qu’on s’assure que ce processus soit fait dans les normes», explique le docteur Christiane Gagnon, la présidente de l’Ordre des médecins vétérinaires du Québec.