Quand le nom verbal parle
Fidèle à une esthétique et une idéologie de création qui font du théâtre un art vivant, novateur et accessible, le Théâtre de la Pire Espèce continue son exploration des différentes techniques et disciplines théâtrales alternatives avec La vie est un match. Un spectacle non verbal entre le mime et le jeu clownesque qui laisse place à l’imaginaire et à l’interprétation.
Fonctionnaire solidement ancré dans sa routine urbaine, M. Ratichon a une vie des plus organisées, réglée au quart de tour par cette quantité de petits gestes répétés machinalement tous les jours: café, journal, métro, travail. Des gestes banals qui sont devenus ses rituels sacrés, sa façon bien à lui de marquer le temps qui passe, sans trop s’ennuyer. M. Ratichon c’est le personnage au centre de La vie est un match, celui qu’endosse, seul en piste, Marc Mauduit, dramaturge et interprète de cette pièce, mise en scène par Francis Monty.
Un défi, un plaisir
«Je travaille sur le spectacle depuis le tout début, car M. Ratichon est un personnage que j’avais d’abord créé pour le théâtre de rue, raconte Marc Mauduit. Après quelques représentations à l’extérieur, j’ai eu envie de voir de quoi ça aurait l’air sur scène, si j’adaptais le tout pour le théâtre. Puisqu’il s’agit d’une pièce sans mots ni dialogues, il y avait certainement un défi intéressant à relever; être seul sur scène, pendant plus d’une heure, pour raconter une histoire aux gens, mais sans parler! Un défi de taille, qui s’est révélé être un des premiers plaisirs de cette pièce au mode narratif amusant, tant pour moi qui dois faire voir, que pour le public qui doit comprendre», explique-t-il.
Sympathique, malgré lui
En nous propulsant au cœur du quotidien monotone d’un être solitaire dont l’existence est enclavée par une routine sans fin, La vie est un match pose un regard lucide sur la quête de notre société contemporaine, individualiste, compétitive et largement axée sur la performance. Mais, pour Marc Mauduit, le propos n’est pas tant de dénoncer, que de dépeindre une situation. «Sans vouloir tout lâcher ou tout rejeter, le but c’est simplement de voir comment on peut faire pour s’adapter à tout ça, pour trouver des solutions qui vont permettre de bien vivre et de faire notre chemin malgré tout. M. Ratichon est un être comme les autres qui n’est pas forcément sympathique, même un peu chiant parfois, mais qui se révèle de plus en plus attachant au fil de la pièce, parce qu’en révélant ses faiblesses, il nous renvoie à nos propres manques», termine le comédien.
Photo: Courtoisie