Il faudra attendre que la glace soit plus épaisse avant de voir apparaître le village flottant exploité par Ronald Lauzon sur l’Anse-au-Sable à Notre-Dame-de-l’île-Perreault. Chaque jour est une journée de moins pour les amateurs de pêche blanche.
Photo: Jacques Pharand
Glace trop frêle pour supporter les petites cabanes
La saison de la pêche blanche retardée
La pêche blanche est appelée à disparaître. C’est du moins ce que croit Ronald Lauzon, un résidant de Notre-Dame-de-l’île-Perreault alors qu’il exploite pour une 25e année un village flottant sur les glaces poudreuses de l’Anse-au-Sable.
Les propos ne se veulent pas alarmant pour autant, de raconter celui qui a passé son enfance à Como, bourgade aujourd’hui fusionnée à la ville de Hudson. On verra pour bien des années encore des silhouettes solitaires immobiles sur l’horizon désertique des baies et des lacs du sud québécois.
Pourtant, l’activité telle que pratiquée par M. Lauzon, une pêche commerciale, voit son avenir et ses profits fondre au gré des discours traitant du réchauffement planétaire. Le problème se situerait au niveau de la durée requise pour exploiter une pleine saison de pêche sur glace, soit sept semaines.
Entre la température et le printemps
Entretenir des cabanes, déblayer les routes du village temporaire, fournir le bois de chauffage nécessaire, ce genre de dépense met l’entreprise en souffrance. La saison se termine chaque année le 15 mars. «Cette date ne se négocie pas, car elle est imposée par le Ministère de la voie maritime, prend le temps d’expliquer M. Lauzon. Il leur faut prévenir les embâcles en brisant la glace.» Mais la récolte de poissons, débutant jadis autour du 20 décembre, commence cette année un peu avant le mois de février : un retard de plus de 4 semaines.
L’ouverture tardive ne se veut pas exceptionnelle: « Depuis quinze ans, on assiste à une tendance à la baisse des nombres de samedi et de dimanche de pêche. Dans le jargon, une saison dure maintenant quatre samedis et quatre dimanches, c’est trop peu », renchérit l’homme de 58 ans.
Pourtant, en dépit du froid absent, la clientèle reste fidèle aux rendez-vous hivernaux. Mais cet achalandage n’est pas sans causer un « bouchon » puisque la grandeur des villages ne permet pas de recevoir tout le monde sur une si courte période. « C’est rendu qu’il faut réserver parce que ma trentaine de cabanes trouve vite preneur. L’autre option, c’est de s’en acheter une. On est alors certain de toujours avoir une place. Mais qui a 2 000 $ ou 5 000 $ à investir? », poursuit l’ancien exploitant d’un magasin de chasse et de pêche.
Conséquences multiples
Le tourbillon autour du raccourcissement de la saison de pêche blanche entraîne dans son sillage le fils de Ronald Lauzon, Jonathan. Cette année, ce dernier doit se trouver un travail durant la semaine afin de suppléer au manque de revenu généré par l’entreprise. « C’est un peu la tradition qui perd des plumes », s’attriste le père qui tenait de son propre père l’amour du grand air froid.
En dehors du fils, les clients réguliers de l’entreprise subissent aussi les affres du thermomètre trop élevé. Des 90 ou 100 maisonnettes de l’Anse-au-Sable, une quarantaine appartient à des adeptes qui payent annuellement leur droit d’habiter le bourg en tout temps. Ceux-ci se plaignent que le loyer de la glace ne reflète plus la durée du plaisir que l’on pouvait en tirer il y a 20 ans. M. Lauzon subit de plus en plus les sautes d’humeur reliées à la clientèle mécontente. « Les coûts d’exploitation demeurent pourtant les mêmes : qu’est-ce que je peux y faire? » dit-il indigné.
Mais le malheur des uns fait le bonheur des autres. Si le père, le fils et l’esprit festif du village gelé en prennent pour leur rhume, c’est bien au dépend des perchaudes et des lottes qui, elles, voient leurs populations augmenter. L’expression « heureux comme un poisson dans l’eau » prend ici tout son sens.
Photo: Jacques Pharand