Louis Drouin, de la Direction de la santé publique de Montréal, s'est adressé à la communauté, lundi soir dernier à l'hôpital Lakeshore.
Photo: Jacques Pharand
Lorsque la voiture roule, Montréal tousse
Santé et transport dans la région métropolitaine
À Sainte-Anne-de-Bellevue, la qualité de l'air a été mauvaise 24 jours en 2005, cette proportion monte à 32 jours à Dorval. De plus, les concentrations de polluants dans l'air dépassent les normes plus d'une journée sur cinq, et ce, dans au moins un des nombreux postes de contrôle parsemés sur l'Île de Montréal.
Le docteur Louis Drouin, à la Direction de la santé publique de Montréal, a donné une conférence lundi dernier devant une quarantaine de personnes au CSSS de l'Ouest-de-l'Île. Il fait partie de l'équipe qui a étudié l'impact du transport sur la santé à Montréal, les conclusions sont connues du grand public depuis juin dernier.
L'enjeu est de taille: dans la région métropolitaine, les polluants dans l'air ambiant sont essentiellement le fait des automobiles et des camions. 85 % des oxydes d'azotes sont générés par les transports, cette proportion monte à 50 % lorsqu'il est question du dioxyde de carbone, un des principaux responsables du réchauffement planétaire. La rencontre des objectifs de Kyoto passe nécessairement par une amélioration des transports en commun, explique Louis Drouin.
Des chiffres à couper le souffle
À force de respirer l'air montréalais à longueur d'année, certaines personnes développeront des maladies cardiaques et respiratoires. Ces gens sont plus vulnérables lorsque survient un épisode de smog aigu. «Nous évaluons que la pollution atmosphérique cause 1540 décès prématurés par année dans la région de Montréal. De ce nombre, environ 500 sont liés à des épisodes de smog aigu», note Louis Drouin. Ceux qui se retrouvent à l'hôpital sont souvent des aînés, des jeunes enfants, et ceux qui souffrent de maladies chroniques.
Autre effet de cette pollution: le fameux réchauffement de la planète. Avec l'arrivée de la Chine et de l'Inde comme prochaines grandes puissances économiques, les projections de la hausse de concentration de dioxyde de carbone d'ici les 100 prochaines années sont catastrophiques. Déjà, les épisodes de chaleur intense, en France notamment, posent des problèmes pour les personnes âgées qui souffrent de maladies cardio-respiratoires.
Le bonheur est dans le pré
Ici, les gens qui vivent près de l'autoroute 20 et de l'autoroute 40, deux axes très achalandés, risquent de visiter l'hôpital plus que les autres. «La population qui vit à côté d'une autoroute est davantage exposée aux polluants provenant des automobiles et des camions», note Louis Drouin.
Le bruit, aussi, peut devenir un problème à certains endroits, comme c'est le cas pour certains quartiers de Pointe-Claire, près de l'autoroute 20. «Lorsqu’une population baigne dans le bruit, cela cause des problèmes de sommeil. Ces difficultés entraînent de la fatigue, des difficultés de concentration, et, ultimement, des problèmes de santé mentale. Les normes de l'OMS à certains endroits de Pointe-Claire ont souvent été dépassées, c'est pourquoi nous avons recommandé des clôtures antibruit le long de l'autoroute 20», affirme Louis Drouin.
Villes et obésité
Dans l'Ouest-de-l'Île, 66,5 % des gens qui travaillent utilisent la voiture pour se déplacer. Les transports en commun ne sont utilisés que par 20 % seulement des gens du coin. Et la faiblesse des transports en commun n'est pas la seule coupable de cette situation.
Comme beaucoup de régions du Québec, l'Ouest-de-l'Île compte plusieurs quartiers étalés. Pour se rendre de l'école au commerce par exemple, la voiture est nécessaire. «Nos villes sont centrées essentiellement sur l'utilisation de l'automobile», note monsieur Drouin. Or, plus la ville est étalée, plus le taux d'obésité est élevé, ainsi que le risque d'hypertension. «Chaque kilomètre parcouru à pied quotidiennement baisse de 5 % le risque d'être obèse.»
Pédaler dans champ
Le réseau de pistes cyclables de la région est complètement déconnecté, affirme Louis Drouin. Et Vélo Québec propose aux usagers de l'Ouest-de-l'Île la création d'un circuit qui ferait le tour de l'Île. Cette vocation récréotouristique est-elle la solution pour que les gens se rendent au boulot à bicyclette? Car pour augmenter le nombre de travailleurs qui se déplacent à vélo, il faut avant tout un circuit adapté et sécuritaire, affirme le médecin.
Photo: Jacques Pharand