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Tourisme humanitaire: mode d'emploi

Entre action et bonnes intentions

Marie-Hélène Verville par Marie-Hélène Verville
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Article mis en ligne le 27 avril 2007 à 16:50
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Tourisme humanitaire: mode d'emploi
Le tourisme humanitaire ne remplacera jamais l'aide humanitaire professionnelle. Photo: Stefan Pleger
Tourisme humanitaire: mode d'emploi
Entre action et bonnes intentions
Au journal, nous recevons régulièrement des appels de gens qui partent faire un court voyage humanitaire. Parfois c'est une école qui cherche des fonds pour partir avec un groupe d'élèves, mais il y a également beaucoup d'adultes qui partent pour la première fois. Est-ce toujours pour le mieux?
Il y a le désir du dépaysement qui entre en ligne de compte, de l'aventure aussi, mais surtout le souhait d'aider. Ces personnes sont transportées par le désir d'offrir aux plus démunis. «J'ai toujours aimé aider les autres», dit justement Sophie Bélanger-Laflamme, une élève de secondaire cinq du collège Beaubois, partie en voyage au Sénégal avec sa classe. La jeune fille fait du tutorat et aime l'enseignement. Elle et son groupe sont allés faire de l'aide à l'apprentissage auprès de jeunes africains de l'école primaire. C'est ce que feront également David Letarte et sa copine, dans le cadre d'un voyage avec l'organisme Horizon cosmopolite au Bénin. Le couple de L'Île-Bizard part la semaine prochaine. «Pourquoi je veux faire ce voyage? C'est un vieux rêve d'enfance», avoue monsieur Letarte, qui se considère chanceux d'être né au Québec.

Mais la portée réelle de ces voyages? «En un mois en demi, tu ne changes pas le monde», avoue David Letarte. «C'est une première expérience pour moi. Si j'aime ça, je partirai faire un vrai projet, explique-t-il. D'une certaine manière, je vais aller m'aider plus qu'aider les autres là-bas. Ils en ont des professeurs, en Afrique!» S'il est conscient de la portée limitée de son geste, ce n'est pas le cas de tous. Certains reviennent déçus, surtout parce que mal préparés, ou encadrés. «Plusieurs personnes qui travaillent à Médecins sans frontières ont commencé de cette manière», note Grerogy Vandendaelen, aux communications de Médecins sans frontières. «C'est une belle porte d'entrée, mais cela ne remplacera jamais l'aide humanitaire professionnelle.»
Faire la distinction
Contrairement aux gens qui font des voyages humanitaires, les gens de Médecins sans frontière sont des spécialistes qui partent pour au moins neuf mois. «Et ils n'ont pas le choix de la destination. Ce n'est pas du tourisme. Les besoins sur le terrain passent avant le souhait du voyageur», note monsieur Vandendaelen.
D'ailleurs, les projets de cet organisme se font souvent dans des endroits difficiles d'accès, pour environ deux ou trois ans. Aucun parent n'accepterait que leur enfant aie faire un voyage humanitaire dans ces régions. «Nous sommes la première organisation sur place, et la dernière à partir», explique-t-il. En effet, lorsqu'ils quittent, le projet est repris en charge par des gens de la place. «Si on change de volontaires tous les mois, quelle continuité pourrons-nous garantir aux gens sur place?»

Autre grande différence, le recrutement. L'organisme est très sélectif. «Nous refusons beaucoup de gens, contrairement au tourisme humanitaire où les gens paient pour partir», note Gregory Vandendaelen. C'est le cas de David Letarte, qui explique que l'organisme bénin SOPEDI, avec lequel Horizon cosmopolite est en lien, marche un peu comme une petite entreprise. «Nous payons une quinzaine de dollars chaque jour, et l'argent va à l'organisme et à la famille chez qui nous habiterons.»
Quelques trucs
Pour qu'un voyage du genre soit une réussite, il y a certaines règles à respecter. Entre autres, l'organisme choisi doit être sérieux, avoir de l'expérience et une bonne réputation. «Et il doit être en lien avec un organisme local sur place», explique Maria-Luisa Monreal, la directrice générale de l’Association québécoise des organismes de coopération internationale. Ce partenariat fait en sorte qu'on évite le misérabilisme, l'attitude "Je vais sauver ce petit pauvre", croit madame Monreal. Sur la soixantaine de membres de ce regroupement, seulement deux ou trois organismes sont spécialisés dans le tourisme humanitaire.
Outre l'encadrement sur place qui est nécessaire surtout lors d'une première expérience, pour gérer le choc culturel entre autres, la formation est aussi essentielle. Avant et aussi après l'expérience. Car le choc culturel, beaucoup l'ont aussi en revenant. Ça a été le cas de Sophie Bélanger-Laflamme. «Le plus dur a été lorsque je suis revenue. Je remettais tout en question. J'ai été choquée de la manière dont on vivait. Nous sommes très inhospitaliers», se rappelle la jeune fille, qui a goutté à l'accueil du Sénégal. «Nous sommes très centrés sur les biens matériels. Là-bas, c'est la famille qui est importante!»

Photo: Stefan Pleger

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