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L'économie pourrait perdre ou sauver le gouvernement Harper en 2009

Presse Canadienne Article mis en ligne le 23 décembre 2008 à 1:00
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OTTAWA - Le premier ministre Stephen Harper termine l'année comme il l'a commencée: en parlant de gros sous. Alors que les Canadiens se préparent à célébrer, le chef conservateur et son ministre des Finances Jim Flaherty ont moins l'esprit à la fête et travaillent d'arrache-pied pour préparer un plan capable non seulement d'aider l'économie, mais aussi de sauver leur gouvernement.
Enragés par les manoeuvres partisanes des conservateurs ainsi que par leur lenteur à réagir aux problèmes des finances mondiales, les partis d'opposition promettent de les chasser du pouvoir si le budget du 27 janvier ne contient pas suffisamment de mesures de soutien aux entreprises, aux travailleurs et aux consommateurs.
Au début de 2008, les conservateurs avaient offert 1 milliard $ pour aider les communautés les plus durement touchées par la crise de la forêt et celle de l'industrie manufacturière. Même s'ils jugeaient la somme insuffisante, leurs adversaires ont appuyé ce plan et leur ont ainsi permis de conserver le pouvoir.
Cette fois-ci, il y a fort à parier qu'ils devront promettre des dizaines de fois plus d'argent s'ils veulent éviter de provoquer une deuxième élection en moins d'un an ou d'être relégués aux banquettes de l'opposition.
Après avoir répété sur tous les tons que l'économie était solide et qu'il n'était pas question de faire un déficit à court terme, Stephen Harper a été forcé d'admettre que le Canada était lui aussi en récession et qu'une intervention de l'Etat était nécessaire pour atténuer la crise.
Celui que les partis d'opposition dépeignaient comme un apôtre du laisser-faire et comme un idéologue insensible au sort des gens ordinaires s'apprête, de son propre aveux, à présenter un budget où les dépenses seront supérieures de "20 à 30 milliards $" aux revenus.
Sur les ondes du réseau de télévision CTV, M. Harper a soutenu la semaine dernière que les circonstances actuelles ne lui laissaient pas le choix. "Je suis mal à l'aise avec certaines de choses que nous sommes en train de faire, mais nous vivons des moments exceptionnels", a-t-il fait valoir.
L'effondrement des marchés financiers et la détérioration rapide de la santé économique mondiale justifient l'adoption de mesures d'une ampleur rarement vue au pays. Des milliards de dollars ont ainsi été consacrés aux institutions financières pour les encourager à continuer leurs activités de crédit.
L'industrie automobile canadienne, totalement intégrée à celle des Etats-Unis, bénéficiera aussi des largesses d'Ottawa, qui veut éviter la disparition de centaines de milliers d'emplois ou leur déplacement au sud de la frontière.
Mais dans d'autres domaines, l'ouverture dont ont récemment fait preuve les conservateurs semble liée en grande partie au contexte politique inédit dans la capitale fédérale. La menace qui pèse sur le gouvernement élu le 14 octobre dernier l'obligera vraisemblablement à faire des compris dont il n'a pas l'habitude.
Ni Stephen Harper ni Jim Flaherty n'ont voulu donner de détails sur ce qu'il y aura dans le budget. Le premier ministre s'est contenté de dire qu'on y trouverait des "stimuli" pour l'économie, y compris des dépenses en infrastructure et de l'aide aux industries les plus fragiles.
Il a ajouté que le plan contiendrait "des mesures fiscales" pour encourager la consommation, des modifications à l'assurance-emploi et de nouveaux programmes de formation de la main-d'oeuvre.
Le premier ministre dit attendre les suggestions des partis d'opposition pour compléter le document et le rendre acceptable à leurs yeux. Si l'on se fie au chef libéral Michael Ignatieff, il risque cependant d'attendre longtemps.
Lors de sa première rencontre avec la presse, le leader intérimaire a indiqué qu'il n'entendait pas faire de détours pour aider son rival à se dépêtrer de la fâcheuse posture dans laquelle il s'est placé en présentant un énoncé économique partisan et dénué de propositions pour l'économie.
"Je n'exclus pas de développements positifs, mais il doit faire des efforts. Il doit restaurer le lien de confiance avec les autres partis", insistait M. Ignatieff, le 10 décembre.
Les deux hommes se sont cependant rencontrés brièvement il y a 10 jours et deux députés libéraux, John McCallum et Scott Brison, se sont entretenus avec le ministre des Finances.
L'accord scellant la coalition du Parti libéral et du Nouveau Parti démocratique (NPD) contient certaines suggestions dont M. Flaherty pourrait s'inspirer. Les deux formations parlent notamment d'accélérer les investissements dans des projets d'habitation et de transport en commun ainsi que de mieux protéger les travailleurs, en réformant la loi sur les faillites, entre autres.
Le Bloc québécois a pour sa part présenté un plan de relance détaillé qui nécessiterait des dépenses de 23 milliards $ en deux ans pour la réfection d'infrastructures, la modernisation des usines et la construction de logements abordables.
Le parti souverainiste souhaite aussi une hausse du supplément de revenu garanti pour les aînés, un programme de remise de 4000 $ pour l'achat d'une voiture verte et un fonds pour la rénovation écoénergétique des maisons.
Ces demandes ne sont pas neuves. Elles ont été formulées à maintes reprises au cours des dernières années par le Bloc, mais aussi par les premiers ministres du Québec et de l'Ontario, où sont concentrées les entreprises manufacturières, fragilisées par l'envolée du dollar canadien et celle du prix de l'énergie.
Jusqu'à maintenant, elles sont presque toutes demeurées lettre morte. Le Bloc et le NPD ne semblent pas croire qu'ils auront plus de succès cette fois-ci que les précédentes.
"Je n'ai pas confiance. Ca prendrait un changement radical de la part de Harper et je ne crois pas que ça va se produire", a confié le chef souverainiste Gilles Duceppe, en entrevue à La Presse Canadienne. "Je ne crois pas qu'il va répondre aux attentes."
De leur côté, les libéraux soutiennent qu'ils sont toujours prêts à renverser le gouvernement, mais souhaitent voir le budget avant de prendre une décision. Le sort du gouvernement sera donc entre leurs mains, encore une fois.
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