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Jeunes contrevenants: le fédéral devrait suivre l'exemple du Québec

Presse Canadienne Article mis en ligne le 2 janvier 2009 à 1:00
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MONTREAL - L'économie sera sans aucun doute au centre des activités parlementaires cette année, mais les conservateurs ne cachent pas que le durcissement des peines pour les jeunes contrevenants sera également une priorité.
Si le gouvernement minoritaire conservateur survit, il ira sans aucun doute de l'avant avec la réforme de la Loi sur le système de justice pénale pour les adolescents. Cette réforme surviendrait au moment où les Albertains marqueront le 10e anniversaire de la fusillade dans une école de Taber, et quelques mois après que l'augmentation des vols et agressions liés aux iPod eut été mise en lumière avec le procès d'un jeune accusé d'avoir poignardé un homme à mort dans un autobus d'Ottawa.
L'approche à la dure des conservateurs est donc bien accueillie par plusieurs, croit le ministre de la Justice, Rob Nicholson. "C'est certainement ce que les Canadiens nous ont dit. Je pense que les Canadiens croient que les jeunes qui commettent des crimes violents doivent écoper une sentence proportionnelle à la gravité du crime, et que le contrevenant doit prendre sa part de responsabilité."
Il existe toutefois un endroit au Canada où les autorités privilégient depuis longtemps une approche différente: le Québec.
Le durcissement des peines pour jeunes contrevenants a été l'un des pivots du programme électoral conservateur, mais cette position a mis de nombreux Québécois en colère et a sans doute contribué à empêcher le parti d'augmenter ses appuis dans la province.
Selon les données du Centre canadien de la statistique juridique, l'accent mis sur la prévention et la réhabilitation, plutôt que sur l'incarcération, a été bénéfique pour le Québec. Le taux de criminalité chez les jeunes de la province demeure le plus bas au pays.
En 2007, par exemple, seuls 1610 adolescents par tranche de 100 000 jeunes de 12 à 17 ans ont été impliqués dans une activité criminelle au Québec. A l'opposé, dans les Territoires du Nord-Ouest, qui comptent traditionnellement le plus haut taux de criminalité juvénile, ce nombre s'élève à 10 491 - soit plus de six fois plus.
La Colombie-Britannique a enregistré le deuxième plus faible taux de criminalité juvénile au Canada, suivie de l'Ile-du-Prince-Edouard, de l'Ontario, de Terre-Neuve et du Nouveau-Brunswick. La Saskatchewan, le Manitoba, la Nouvelle-Ecosse et l'Alberta ont présenté les taux les plus élevés.
La criminologue montréalaise Michèle Goyette affirme que la mentalité conservatrice préconisant l'instauration de peines minimales n'est pas bien accueillie au Québec, où le remplacement de la Loi sur les jeunes contrevenants par la Loi sur le système de justice pénale pour les adolescents, qui favorise le durcissement des peines, a rencontré une forte opposition.
"Tout ce qui cherche à imposer des sentences automatiques va à l'encontre de nos croyances", a dit Mme Goyette, qui travaille au Centre jeunesse de Montréal, une agence de services sociaux pour les jeunes en difficultés.
Le criminologue Jean Trépanier, de l'Université de Montréal, explique que l'approche québécoise face à la délinquance juvénile date des années 1950, lorsque l'institution pour garçons Boscoville a introduit une variété d'interventions psychologiques et éducatives axées sur la réhabilitation.
Dans les années 1960, l'Université de Montréal a même développé des programmes de psycho-éducation, rappelait M. Trépanier en 2004 dans la Revue canadienne de criminologie et de justice pénale. "Avec de bons programmes, nous pouvons espérer voir une diminution et la disparition plus précoce de l'activité délinquante", a-t-il indiqué en entrevue.
Selon M. Trépanier, l'utilisation de mesures extra-judiciaires se traduit par une diminution du nombre de jeunes devant les tribunaux au Québec.
Les statistiques démontrent que l'introduction au Québec de la Loi sur le système de justice pénale pour les adolescents, qui met davantage l'accent sur de telles mesures, a eu des répercussions semblables dans le reste du pays. Elle a aussi mené à une diminution du nombre d'incarcérations et de leur durée. M. Trépanier croit toutefois que le manque de flexibilité de la loi a limité la capacité des travailleurs sociaux à créer des programmes de réhabilitation efficaces.
"Les jeunes sont souvent condamnés à de courtes périodes d'incarcération, où on ne peut amorcer un programme de réhabilitation, de sorte qu'ils récidivent et se retrouvent encore une fois incarcérés pour une courte période, a-t-il observé. Six sentences d'un mois n'ont pas le même effet qu'une sentence de six mois, même si la durée est la même."
Les statistiques démontrent qu'environ 10 pour cent des jeunes condamnés au Québec ont écopé une peine d'incarcération en 2006-2007, le deuxième plus bas taux après le Manitoba. Le Québec était aussi, et de loin, la province la plus susceptible de condamner les jeunes aux travaux communautaires, à 48 pour cent, le double de la moyenne nationale.
Irvin Waller, un criminologue de l'Institut de la prévention de la criminalité de l'Université d'Ottawa, croit que le "filet de sécurité" social du Québec et son système sophistiqué de protection de la jeunesse ont aussi contribué aux plus faibles taux de criminalité.
Ainsi, en plus de mettre l'accent sur la réhabilitation pour ceux qui ont déjà des démêlés avec la justice, le Québec a investi massivement dans des programmes de prévention du crime.
"La Ville de Montréal a investi dans des centres jeunesses dans des secteurs où les jeunes sont le plus à risque de se joindre aux gangs de rue, a-t-il cité en exemple. Ce n'est pas une coïncidence si (Montréal) est la grande ville canadienne comptant le plus faible nombre par habitant de jeunes membres de gangs."
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