QUEBEC - Le premier ministre Jean Charest estime que le contexte actuel n'est pas favorable pour qu'Ottawa limite les versements de péréquation aux provinces défavorisées, dont le Québec fait partie.
M. Charest s'attend à ce que le gouvernement fédéral fournisse des éclaircissements, mercredi, concernant cette intention exprimée le mois dernier par le ministre fédéral des Finances, Jim Flaherty.
Les versements vont augmenter cette année et la suivante, mais le plafonnement des versements de péréquation est un mauvais présage pour l'avenir, a affirmé M. Charest, mardi, lors d'un point de presse qui a suivi l'assermentation du caucus libéral.
Lors d'une rencontre fédérale-provinciale des ministres des Finances qui se tiendra mercredi, à Saskatoon, la ministre québécoise Monique Jérôme-Forget fera valoir cette position, a indiqué le premier ministre.
"Quand on prend la peine de regarder vers les années à venir, et bien là, c'est moins évident, a dit M. Charest. Alors Mme Jérôme-Forget a le mandat de défendre ce dossier-là."
Selon le gouvernement québécois, le plafonnement des paiements lui ferait perdre 75 millions $ pour l'année fiscale 2009-2010.
Le Parti québécois estime pour sa part le manque à gagner à 1 milliard $.
En procédant de la sorte, Ottawa veut éviter que la facture de ce programme continue de bondir de 10 à 15 pour cent par année.
Le programme de la péréquation permet de calculer la richesse de chaque province du Canada et de venir en aide à celles qui sont plus pauvres que la moyenne.
Dans son énoncé économique du 27 novembre, le gouvernement fédéral a réitéré son intention de modifier la formule de péréquation.
Reconnaissant que les versements du Québec vont augmenter de 327 millions $ cette année, M. Charest croit néanmoins que la situation actuelle ne se prête pas au plafonnement.
"Il y a la question de la péréquation, où on veut des éclaircissements sur les intentions du gouvernement fédéral, a-t-il affirmé. Nous, à nos yeux à nous, ce n'est pas le temps d'aller jouer là-dedans."
La réunion de Saskatoon a pour objectif de préparer une rencontre fédérale provinciale des premiers ministres, en janvier prochain, qui portera sur l'économie.
M. Charest n'a pas voulu dire si d'autres provinces appuyaient la position du Québec, au sujet de la péréquation, mais il a affirmé qu'il existait une convergence de vues.
"Il y a des alignements d'intérêts mais chacun aura à parler pour sa province", a-t-il dit.
Au cours des derniers mois, les différends se sont multipliés entre le gouvernement de M. Charest et celui du premier ministre Stephen Harper.
Les représentants des deux gouvernements ont croisé le fer au sujet du financement accordé à la culture et au développement régional ainsi que sur le règlement du déséquilibre fiscal.
Mardi, M. Charest a affirmé que la question de la péréquation ne constituait pas un nouveau chapitre dans le dossier de la défense des intérêts du Québec, un de ses chevaux de bataille.
"Je ne vois pas ça à l'heure actuelle, a-t-il dit. Mais on va faire ce qu'on a à faire comme travail pour que le gouvernement fédéral comprenne."
Mme Jérôme-Forget a prévenu lundi que ces modifications à la formule de péréquation ne sont pas acceptables pour le gouvernement du Québec.
Selon le bureau de M. Flaherty, tous les ministres, dont Mme Jérôme-Forget, avaient pourtant reconnu que le plafonnement des versements de péréquation était une approche raisonnable compte tenu des circonstances actuelles.
Le politologue Réjean Pelletier, de l'Université Laval, croit qu'avec les incertitudes entourant l'économie, il est encore difficile de déterminer laquelle des évaluations, des libéraux ou des péquistes, est la plus près de l'impact réel du plafonnement sur les finances québécoises.
"Ni l'un ni l'autre n'a exactement raison parce que personne ne connaît les chiffres de toute façon, a-t-il dit. C'est quelque chose d'anticipé en fonction d'une situation économique 'x' qui a probablement changé depuis."
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