Le premier ministre Stephen Harper lors de la conférence de presse à Rideau Hall le 4 décembre. LA PRESSE CANADIENNE /Tom Hanson
OTTAWA - Le premier ministre Stephen Harper est la "personnalité qui a le plus marqué l'actualité au pays en 2008", selon le sondage annuel mené par La Presse Canadienne auprès des directeurs de l'information des journaux et stations de radio et de télévision.
Le premier ministre conservateur a été choisi par près de la moitié des directeurs de l'information, obtenant 64 des 133 votes du sondage. Le seul autre Canadien ayant réuni plus de 10 votes en 2008 est l'ex-adversaire politique de M. Harper et désormais ancien chef du Parti libéral du Canada Stéphane Dion, qui a récolté 35 voix.
Les autres Canadiens remarqués par les salles de presse du pays sont: Michael McCain, directeur général des Aliments Maple Leaf (huit votes); Julie Couillard, l'ancienne petite amie de l'ex-ministre Maxime Bernier (cinq votes, contre trois pour M. Bernier); la chef du Parti vert, Elizabeth May (quatre votes); et l'ancien chef d'état-major des Forces armées canadiennes Rick Hillier (quatre votes).
Au Québec, les 13 répondants au sondage ont voté en majorité pour M. Harper (4 votes). Julie Couillard et Stéphane Dion suivent de très près avec trois et deux votes. Michaëlle Jean, Marc-Antoine Audette et Sébastien Trudel, des "Justiciers masqués", Michael McCain et Jim Flaherty ont obtenu une voix chacun.
Lorsqu'il est question de faire les manchettes, aucun des concurrents au premier ministre ne lui arrive à la cheville. "Le choix est évident", a affirmé James M. Miller, du Penticton Daily Herald, un quotidien de la Colombie-Britannique.
"D'abord, il a déclenché des élections puis il a terminé l'année en se battant pour sa survie politique, a ajouté Dan Leger, du Chronicle Herald de Halifax. Toutes les nouvelles politiques canadiennes concernent Stephen Harper."
Le cabinet du premier ministre ne s'est pas engagé à accorder la traditionnelle entrevue de fin d'année et n'a pas répondu aux questions de La Presse Canadienne concernant sa nomination à titre de Personnalité ayant le plus marqué l'actualité en 2008.
"Les premiers ministres forts ont tous été controversés", a expliqué le politologue Faron Ellis, du Lethbridge College, citant entre autres Pierre Trudeau, Brian Mulroney et Lester Pearson. Et après trois ans à la tête d'un gouvernement conservateur minoritaire, M. Harper déchaîne les passions.
Les sondages sur le leadership des chefs de partis placent M. Harper loin devant ses rivaux tout au long de l'année 2008, rappelle Jeff Walker, de la firme Harris-Decima. Mais les sondages ont aussi révélé que l'avantage compétitif de Stephen Harper se mesure en fonction de la faiblesse de ses rivaux autant que de ses qualités de premier ministre, estime M. Walker.
"Les premiers ministres sont souvent en tête de liste pour la Personnalité ayant le plus marqué l'actualité, mais les intrigues de M. Harper - déclencher des élections, puis refuser de reconnaître que la situation politique changeait sous ses yeux - a détonné d'une façon si spectaculaire que les historiens analyseront pendant des années les gestes de son gouvernement comme étant un cas d'école d'erreurs de jugements", a écrit Brian MacLeod, du quotidien Sudbury Star.
Au cours de l'année, Stephen Harper a fait les manchettes sur une variété de sujets, allant de ses excuses aux autochtones au sujet des enfants parqués dans des pensionnats, à l'affaire du député indépendant décédé Chuck Cadman. Ce dernier aurait reçu de l'argent des conservateurs en échange de son vote de confiance aux Communes. M. Harper, plutôt que d'expliquer de présumés commentaires compromettants, a décidé d'intenter une poursuite contre les libéraux qui ont révélé l'affaire.
Toutefois, c'est réellement dans le troisième tiers de l'année que M. Harper a consolidé ses appuis pour obtenir la nomination de Personnalité de 2008.
C'est à la suite de l'énoncé économique controversé du gouvernement conservateur, à la fin novembre, que les partis de l'opposition ont formé une coalition et ont menacé de faire tomber le gouvernement. M. Harper, dans une manoeuvre inédite afin de sauver sa peau, a demandé à la gouverneure générale de proroger le Parlement jusqu'au 26 janvier. Un chroniqueur du Journal de Montréal, Marco Fortier, avait alors qualifié le premier ministre de "pompier pyromane".
Quant à Julie Couillard, qui arrive deuxième au Québec (et quatrième au pays), sa courte relation avec le ministre des Affaires étrangères de l'époque, Maxime Bernier (3 votes au Canada), aura réussi à placer suffisamment le gouvernement dans l'embarras pour figurer dans la liste.
"Choisir ce sujet n'est pas aussi léger que pourrait laisser croire à priori cette histoire croustillante", écrit Josée Boileau, directrice de l'information au quotidien Le Devoir. "Pour la première fois, le premier ministre Stephen Harper n'était pas en contrôle de la situation (...) Et on n'est pas encore sûr de tout connaître des tenants et aboutissants des implications de madame Couillard en politique."
Pour le rédacteur en chef du quotidien L'Acadie Nouvelle, Jean Saint-Cyr, "bien que cette saga était sans conséquence pour le peuple canadien, l'affaire a retenu son attention pendant des mois".
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