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Vers le ciel

Une restauration de 591 598 dollars pour le clocher de Saint-Joachim à Pointe-Claire

Marie-Hélène Verville par Marie-Hélène Verville
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Article mis en ligne le 18 juin 2007 à 15:25
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Vers le ciel
Voici le panorama qu'offre le toit de l'église Saint-Joachim. La flèche du clocher, qui sera restaurée sous peu, n'est pas droite. Avec le temps, le vent l'a tassée vers l'est. Photo: Jacques Pharand
Vers le ciel
Une restauration de 591 598 dollars pour le clocher de Saint-Joachim à Pointe-Claire
L'Église située à la pointe du moulin de Pointe-Claire, près du Lac Saint-Louis, subira toute une cure de jeunesse dans les prochains mois. La flèche du clocher sera restaurée en cuivre étamé et la tôle du toit sera réparée l'an prochain. Les travaux sur le clocher coûteront à eux seuls 591 598 dollars.
Dans la lumière du matin, le nom du site prend tout son sens. La pointe claire, lieu des premiers colons de la ville de Pointe-Claire, héberge un vieux moulin, un couvent, un presbytère, une école primaire. Au centre, l'église Saint-Joachim. Tout autour, le Lac Saint-Louis. Cet endroit fait partie des joyaux architecturaux de l'Ouest-de-l'Île.

L'Église a été construite en 1884 à la pointe de Pointe-Claire, sur le site de la toute première église qu'a connu la petite municipalité, presque 200 ans plus tôt, rappelle l'architecte du projet de restauration, Louis Brillant. D'ailleurs, son sous-sol abrite non pas l'habituelle salle paroissiale, mais les tombes des habitants de la pointe. Même chose pour le terrain à l'arrière, où les pierres tombales ont été enlevées, mais non pas les corps qui y sont encore enterrés. C'est la quatrième église à dominer la pointe, les trois autres ayant passé au feu.
Il était temps
La flèche du clocher sera réparée dans les règles de l'art. Présentement, cette partie de l'église est très endommagée. Il faut tout réparer, y compris intervenir sur la structure en bois. «Présentement, nous avons des problèmes d'infiltration d'eau», note le marguillier de la paroisse, Paul Bourget, qui pilote le dossier depuis deux ans. «Les archives nous montrent que dès 1890, les problèmes ont commencé sur la flèche», note Louis Brillant. Selon lui, le travail effectué par les ouvriers de l'époque s'est fait un peu à la va-vite. Par exemple, les pliages de la tôle sont beaucoup moins solides que ceux que l'on retrouve sur la flèche de l'église Saint-Pierre-Apôtre, conçue par le même architecte, Victor Bourgeau, et dont la restauration a été effectuée l’an dernier par Louis Brillant.
La tôle y sera remplacée par du cuivre étamé, comme on en trouve sur l'église Saints-Anges près du canal Lachine. Ce matériel, qui prend avec le temps une belle patine gris pâle, s'imposait, selon les dires de l'architecte. «L'église domine la pointe et sert de repère pour les gens sur le Lac Saint-Louis. Même du chemin du bord de l’eau, on la voit de loin. C'est important de respecter cette caractéristique. Le matériel choisi va servir ce rôle-là ; il va pâlir avec les années», note Louis Brillant.

La raison de ce choix est également monétaire. Ce matériel est fait pour durer 100 ans, contrairement à la tôle qu'on doit repeindre et réparer à chaque vingtaine d'années. Or, les coûts d'échafaudage de la structure sont très importants pour des travaux sur la flèche, qui est difficile d'accès. Vaut mieux alors ne pas avoir à répéter l'opération à tous les vingt ans, explique Louis Brillant. Cela n'est pas le cas du toit, dont la tôle est plutôt en bon état et dont l'accès pour l'entretien est plus facile.

Pour le projet de rénovation de la flèche du clocher, la Fabrique de Saint-Joachim a réussi à obtenir une subvention de 385 000 dollars de la part du gouvernement du Québec, par le biais de la Fondation du patrimoine religieux du Québec. Cela équivaut à 69% des coûts, note Paul Bourget. Et le reste de la facture? Pour l'instant, cet aspect n'a pas encore été réglé complètement. En fait, la fabrique va bientôt organiser une campagne de financement, selon les dires du marguillier. Aussi, des antennes seront installées à l'intérieur du clocher, elles serviront aux compagnies qui offrent des services de téléphones cellulaires. La location de cet espace amènera une entrée d'argent à long terme, affirme Paul Bourget.
Un site à conserver
La pointe de Pointe-Claire est un lieu unique, et la ville de Pointe-Claire a entrepris des démarches pour qu'elle soit nommée site patrimonial, et encadrée par la Loi sur les biens culturels. «Cela permettra de faciliter les demandes de financement auprès des différents paliers de gouvernement», explique Ginette Brisebois, aux communications de Pointe-Claire. Car l'église n'est pas le seul bâtiment à faire peau neuve: le moulin sera restauré dans les prochaines années, tel que mentionné par Cités Nouvelles, il y a quelques mois. Si la petite municipalité a mis 500 000 dollars dans son plan triennal d'immobilisations, elle souhaite aller chercher des sous au gouvernement pour compléter le financement. Pour l'instant, le projet est sous étude. Les audiences publiques qui suivront n'auront pas lieu avant cet automne, affirme Ginette Brisebois.
«L'église domine la pointe et sert de repère pour les gens sur le Lac Saint-Louis. Même de la route du bord de l’eau, on la voit de loin. C'est important de respecter cette caractéristique. Le matériel choisi va servir ce rôle-là; il va pâlir avec les années.»
Louis Brillant, architecte

Photo: Jacques Pharand

Photo: Jacques Pharand
Des documents inédits dans la voûte du presbytère à la pointe claire
Ils étaient bien cachés depuis une centaine d'années, roulés dans un tuyau de plomb, dessinés sur du papier velum. Cinq plans de chantier, signés de la main même de l'architecte de l'église Saint-Joachim, le célèbre Victor Bourgeau, ont été redécouverts en décembre 2001 par Louis Brillant et Jean Laganière, ancien marguillier à Pointe-Claire.

C'est la première fois que l'on trouve des dessins de chantier originaux de Victor Bourgeau. «La dernière aussi, probablement», note Louis Brillant, encore émerveillé par la trouvaille, des années plus tard. Il faut savoir que monsieur Brillant s'est occupé également des travaux de restauration de maçonnerie sur la façade de l'église Saint-Joachim en 2000. Il travaille sur les églises conçues par Victor Bourgeau, depuis des années. Pour un spécialiste comme lui, la découverte de dessins de chantier originaux de Saint-Joachim, signés et annotés, signifie beaucoup.

Les plans de chantier, qui représentent des détails de grandeur nature, nous en apprennent davantage sur les techniques de travail de Victor Bourgeau. Entre autres, les détails du plan de la coupe de pierre. «Nous avons la première preuve documentaire que Victor Bourgeau s'est inspiré des techniques de coupe de pierre utilisées en Europe», note Louis Brillant.

Également avec les plans de chantiers ont été trouvés dans le même rouleau d'autres documents intéressants, comme une carte de la pointe claire datée de 1858 et des plans de modifications ultérieures faites en 1929. Tous ces documents sont maintenant préservés au Centre canadien d'architecture.

(M-H V.)

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