Jean-François Romeo a joué avec les Vikings à L’Ile-Bizard. Photo: courtoisie
Des Vikings à la coupe Vanier
Jean-François Romeo, qui a appris le football dans l'adversité à L'Île-Bizard, a soulevé deux fois la coupe Vanier et a joué dans la Ligue canadienne avec les Eskimos d'Edmonton. «La passion m'a amené où je suis», confie humblement celui qui espère faire partie, de nouveau, de l'alignement de la formation albertaine cette année.
En soulevant à bout de bras sa première coupe Vanier en 2003 (emblème de la suprématie du football universitaire) avec le Rouge et Or de l'Université Laval, l'athlète natif de L'Île-Bizard a plongé dans ses souvenirs d'enfance.
«Je réalisais un rêve et pourtant je me voyais encore un Viking, raconte-t-il. Je pensais à mes débuts avec le petit uniforme des Vikings sur le dos, que j'étais fier de porter et que tout le monde reconnaissait à l'école, ainsi qu'à toutes les fois que je jouais au football devant chez nous avec mon grand frère Philippe et des voisins sur la rue Léon-Brisebois, tout en faisant attention à la borne-fontaine!»
Sa mère, Marie Bertrand, a toujours la même image qui lui revient en tête quand elle va l'encourager à une partie. «Je le revois tout petit, avec son casque trop grand pour lui, et j'admire sa force de caractère parce qu'il jouait, peu importe la température qu'il faisait, que ce soit de la pluie ou de la neige. Ça me faisait quand même plaisir de laver son uniforme tout dégoulinant, car je comprenais sa passion», relate cette femme, qui enviait ses voisins de jouer au football, car elle aurait bien aimé les imiter à l'époque.
Parcours d'un champion
Deuxième d'une famille de trois garçons, Jean-François prenait exemple sur son grand frère qui jouait au football pour s'amuser avec lui et d'autres copains à courir et se lancer le ballon dans les parcs de la ville. Il se souvient de sa première pratique avec les Vikings. «J'avais 5 ou 6 ans et on m'avait alors dit que j'étais trop jeune. Je suis alors revenu l'année suivante et j'ai fait mes années atome et pee-wee ici», raconte Jean-François.
Il avoue avoir connu une grosse déception quand on lui a demandé de changer de position, après avoir joué plusieurs années sur la ligne défensive avec les Vikings. «On m'a dit que j'étais trop petit pour continuer de jouer sur la ligne défensive. On m'a placé receveur de passe et j'ai développé mes habiletés à cette position partout où je suis ensuite passé», relate-t-il, au téléphone, en direct d'Edmonton.
Jean-François était capitaine du Rouge et Or à sa dernière année universitaire en 2005, quand son équipe a perdu la demi-finale des séries. Il a plus tard été invité au camp des Eskimos avec lesquels il a joué durant la dernière saison, mais tout est à refaire. «On repart à zéro chaque année, car il n'y a jamais rien de garanti. Je vais savoir à quoi m'en tenir très bientôt», révèle celui qui vit dans une chambre d'hôtel en attendant la décision de l'équipe. Il attend la réponse comme un cadeau à l'aube de ses 26 ans.
Un élève qui a réussi
Comme tout jeune de L'Île-Bizard, Jean-François a fréquenté l'école primaire Jonathan-Wilson, puis l'école secondaire des Sources à Dollard-des-Ormeaux avant de choisir le collège John Abbott pour son programme de football, même si les cours étaient en anglais.
«Ça représentait un double défi pour lui, car on ne parlait pas anglais à la maison, mais il est allé au bout de ses rêves», confie la maman, fière du parcours de son fils. Celui-ci a ensuite quitté le foyer à 19 ans, pour joindre le Rouge et Or et suivre des cours en génie mécanique, dont le diplôme lui permettra d'enseigner les sciences au cégep à sa retraite du football.
«Il a bien jumelé ses études et sa carrière», précise Normand Marinacci, le conjoint de Marie. Il estime que la réussite de Jean-François sert d'inspiration aux jeunes de L'Île-Bizard et rend hommage au programme de football des Vikings, ainsi qu'aux bénévoles.
«Il a appris dans l'adversité, car son équipe ne gagnait pas souvent», se remémore monsieur Marinacci. «On n’était pas le meilleur club, mais on vendait chèrement notre peau», admet Jean-François, qui se rappelle que Pierre Prud'homme a été son premier entraîneur.
Conseils aux Vikings
Avec l'expérience qu'il a acquise, Jean-François Romeo peut faire bénéficier les autres de ses conseils. «Si tu joues pour les Vikings, que tu aimes le football, tu donnes ton 100%, tu écoutes ton "coach" et tu fais attention aux détails, tu vas devenir un meilleur athlète et une meilleure personne. Je suis sûr que tu finiras par percer», lance-t-il comme message.
C'est en retirant de la fierté de ce qu'il fait que Jean-François a réussi. «Je m'entraîne fort, mais j'ai aussi dû travailler pour payer mes études et poursuivre mon rêve de jouer au football. Il ne faut jamais abandonner, c'est comme ça qu'on devient champion», dit celui qui prend Chad Johnson en exemple. Le receveur de passe des Bengals de Cincinnati, un joueur athlétique et talentueux, prend encore le temps d'étudier la stratégie de l'adversaire pour exploiter les faiblesses dans leur jeu. «Ça m'impressionne qu'un joueur comme lui se perfectionne encore au niveau de jeu qu'il est rendu», conclut-il.