Photo: Jacques Pharand
Camp de jour, mon amour
Comment s'y retrouver?
Vivre le jour comme en colonie de vacances, mais renter le soir dormir dans son lit douillet, c'est la vie de plusieurs jeunes l'été, un peu partout au pays. Dans la région, il existe au moins 25 camps de jour qui s'adressent à tous, et quelques milliers d'enfants les fréquentent chaque été.
Il y en a pour tous les goûts. Outre les camps de ville, il y a des camps de canoë, des camps dans les parcs-nature, des camps pour les pros du hockey. Et la liste est longue. Les camps de jour sont une bénédiction pour les parents qui travaillent et le nombre d'inscriptions le reflète bien.
Qui dirige le navire?
Combien existe-t-il en tout de camps de jour toutes catégories confondues dans la région? Et au Québec? En fait, impossible de le savoir. Les camps de jour ne sont pas tenus de rendre des comptes ni de suivre des normes prédéterminées, contrairement aux camps de vacances (avec hébergement) ou encore aux garderies. À l'Association des camps du Québec (ACQ), on sait que 85% des camps de vacances sont membres de l'organisation. Pour les camps de jour? Mystère. Comme ils ne sont pas tenus de rendre des comptes, il n'existe pas de répertoire des camps de jour au Québec. «Il y en a à chaque coin de rue à Montréal, c'est tout ce que l'on en sait», explique Line Sardeno, adjointe administrative à l'ACQ.
Certains font partie de l'Association des camps du Québec, comme celui du YMCA de Pointe-Claire, explique la dame. Ils sont alors tenus de suivre les normes dictées par l'association, mais l'adhésion à l'ACQ reste volontaire. D'ailleurs, le YMCA de Pointe-Claire est le seul camp de jour de la région à faire partie de cette organisation. L'ACQ est l'unique organisme du genre au Québec. Selon Line Sardeno, les parents ont tout à gagner de choisir un camp qui soit certifié par l'ACQ pour leur enfant.
D'autres indicateurs
Sur plus de 30 camps de jour dans la seule région de l'Ouest-de-l'Île, un seul est certifié par l'ACQ. Est-ce que les autres sont à proscrire? «L'ACQ est un bon thermomètre pour évaluer, mais ce n'est pas le seul», affirme Stéphane Gagné, qui coordonne la mise en place du nouveau programme du camp de jour de la ville de Mirabel. Ce diplômé des HEC a été pendant des années à la barre du camp de jour de l'arrondissement L'Île-Bizard-Sainte-Geneviève.
Selon Stéphane Gagné, les parents doivent poser des questions, participer aux soirées d'information pour s'assurer que leur enfant soit en sécurité. Par exemple, quel est le ratio moniteur/enfant? Est-ce que les animateurs ont suivi une formation de premiers soins reconnue? Quelles sont les sorties et comment vont-elles se passer? «Comment reconnaître un bon camp de jour? Je crois que cela se ressent dans l'atmosphère et dans la dynamique. Cela se voit sur le visage des enfants et ceux des moniteurs. Les jeunes doivent être heureux de fréquenter le camp, les moniteurs doivent être heureux d'être là», explique Stéphane Gagné. Si la magie opère, ce n'est jamais dû au hasard, explique-t-il. «Il faut une structure cohérente pour que cela se fasse. Par exemple, si les moniteurs sont bien encadrés, ils vont bien faire leur travail.»
Camps de ville: situation disparate
Comme tout service municipal, les camps de jour de ville doivent rendre des comptes. Dans le cas de Montréal, chaque arrondissement est responsable de fixer ses propres normes. Montréal va se contenter de faire des recommandations et donner des outils, c'est tout. Construire un bon camp de jour dans ce contexte dépend beaucoup de la volonté des élus et des directeurs de loisirs. Ce sont eux qui votent les budgets et qui décident si le camp sera une priorité ou pas.
La situation est très différente d'une ville à une autre. André Amyot des Formations dynamo, une entreprise dédiée à la formation des moniteurs et des coordonnateurs de camp, en sait quelque chose. Son entreprise a formé 1800 moniteurs cette année, affirme-t-il. Parmi les municipalités, quelques rares vont prendre quatre jours de formation chez lui, d'autres n'ont le budget que pour une journée de sept heures.
L'animateur: héros ou zéro
«Je peux te vendre le meilleur camp de jour sur papier, mais si les moniteurs ne sont pas compétents, le camp ne sera pas bon», affirme Stéphane Gagné. S'ils sont centraux dans la réalisation d'un bon camp, il s'agit souvent d'un premier emploi pour le moniteur. «Ils sont engagés de plus en plus jeunes, parfois à 15 ans», explique André Amyot. Comme la durée de vie d'un animateur est de trois ou quatre ans, la formation est toujours à refaire, affirme le formateur.
Dans ce contexte, la formation adéquate des moniteurs de camp est nécessaire pour la sécurité des enfants. Et cette formation doit être d'un minimum de 14 heures, croit André Amyot. Sans compter la formation en premiers soins, certifiée. «Dans un monde idéal, la formation d'un moniteur serait de cinq jours de huit heures», affirme-t-il.
Devenir moniteur de camp est une expérience inoubliable… bonne ou mauvaise. La tâche n'est pas aisée, surtout si on considère que la plupart sont payés près du salaire minimum. «On demande à une jeune d'environ 17 ans d'encadrer un groupe d'enfants avec les mêmes réalités que l'enseignement. Même pire! Le moniteur n'aura pas accès à des ressources comme des psychoéducateurs, contrairement aux enseignants. Plusieurs enfants qui ont besoin de médicaments à l'école, le Ritalin par exemple, n'en prennent pas durant l'été!», s'exclame André Amyot. «Parfois aussi, le moniteur doit s'adapter à des difficultés supplémentaires, comme la présence d'enfants handicapés dans son groupe ou un milieu multiculturel.»
Exigeant
Si le défi est de taille, l'expérience peut changer positivement la vie du jeune moniteur. «Deux choses m'ont changé dans la vie: les louveteaux et le camp de jour. Le camp, c'est beaucoup d'heures de volontariat. C'est très impliquant, j'ai peu de vie sociale autre que le camp durant l'été.» Celui qui parle est Jonathan Vallée, responsable des camps spécialisés de L'Île-Bizard-Sainte-Geneviève. Il a commencé à 16 ans, comme moniteur. «Je suis là depuis 10 ans. Je suis fier d'avoir contribué à bâtir quelque chose.»
Combien d'aiguilles dans la botte de foin?
Lorsque Cités Nouvelles a voulu savoir le nombre de camps de jour dans l'Ouest-de-l'Île, la tâche s'est révélée colossale, car il n'existe pas de registres officiels. De même, il existe plusieurs sortes de camps, et tous n'ont pas la même vocation. Ceux des municipalités sont habituellement moins coûteux, car il s'agit d'un service à la population. Il y a également des camps spécialisés, comme celui de Hockey Dollard. Ils sont habituellement plus chers. Dans nos recherches, nous n'avons pas pris en compte les camps pour clientèle particulière, comme les enfants handicapés ou à troubles de comportement. Nous n'avons pas non plus pris en compte ceux des communautés culturelles ou ceux qui opèrent en douce dans des maisons privées, un peu comme des garderies familiales.