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Un homme célèbre et inconnu

Philippe Boisvert par Philippe Boisvert
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Article mis en ligne le 19 janvier 2008 à 9:27
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Un homme célèbre et inconnu
Laurent Coderre, artiste multidisciplinaire, aime bien passer son temps dans les endroits publics de l'Ouest-de-l'Île a dessiné l'action qui se déroule autour de lui. (Photo: Jacques Pharand)
Un homme célèbre et inconnu
Il y a de ces gens qui sont reconnus mondialement, mais qui passent incognito localement. C’est le cas de l’artiste multidisciplinaire Laurent Coderre, résidant de l’Ouest-de-l’Île.
Né à Ottawa en Ontario, la vie du jeune Laurent Coderre a pris un virage inattendu en 1955, alors qu’il n’était âgé que de 14 ans. Déjà privé de sa mère depuis quelques années, lui et sept frères et sœurs ont dû oublier leur père, un homme qu’il se souvient comme étant extraordinaire.

«Mon père travaillait à ce moment-là pour le gouvernement canadien et le premier ministre de l’époque, Sir Wilfrid-Laurier, lui a offert le poste de secrétaire d’État. Mon père lui a répondu qu’avant de prendre une décision, il aimerait faire un petit voyage de pêche. Nous sommes donc allés à la pêche, et il est mort dans mes bras à bord de l’embarcation, il avait 65 ans», se rappelle M. Coderre.

Les jeunes enfants orphelins ont bien entendu dû se débrouiller. La mort de son père a eu plus d’effets positifs qu’on pourrait le croire sur le jeune Laurent. Cet événement a été en quelque sorte l’élément déclencheur qui a fait de lui un homme heureux, jour après jour.

«Mon père m’avait déjà dit: “si tu veux vivre, regarde le bon côté des choses parce qu’il y a toujours un arc-en-ciel après la pluie”. C’était vraiment tout un bonhomme, une personne vraiment formidable. Encore aujourd’hui, je vis un jour à la fois, je vis le moment présent, c’est ça qui est important.»

Suite au décès de son père, le jeune Laurent a dû commencer à travailler. Ironiquement, il expliquait aux gens comment être heureux. Grand amateur de musique et de dessin, le jeune homme jouait de la trompette, de la guitare et du piano dans des clubs de jazz de la région d’Ottawa.
Feuille de route
La musique occupe une place privilégiée dans la vie de l'orphelin qui se joint aussi à l’Orchestre symphonique d’Ottawa. La peinture est aussi très importante. En 1956, il expose ses œuvres au Toronto Museum of Fine Art et à la Galerie nationale du Canada. Il fait la rencontre du peintre Jean Dallaire et de quelques membres du Groupe des 7, un groupe de peintres très célèbres au milieu du 20e siècle.
L’Office nationale du Film du Canada lui commande une série de tableaux sur les débuts de la colonie pour un film historique, ce qui lui vaudra en 1966, le premier prix au Festival de film américain de New York.

En 1972, il reçoit le Grand prix de la commission supérieure du cinéma français au festival de film de Cannes pour une série de tableaux insérés dans un film historique. Tout cela quelques jours seulement après avoir survécu à une succession de quatre crises cardiaques. Il s’accapare aussi la médaille d’argent du 22e festival du film de Venise. Il devient aussi un magnat des films d’animation et reçoit une nomination pour un Oscar.

Encore là, il ne s’agit que d'un aperçu du haut de la pyramide des accomplissements de Laurent Coderre, qui maintenant âgé de 77 ans, continue encore son travail même si l’on dit que son cœur ne fonctionne plus qu’à 30% de sa capacité.

«Pour moi, ce n’est pas un travail, oui j’en ai fait un métier, mais pour moi il s’agit de plaisirs au quotidien. J’ai eu une vie plus qu’intéressante, une vie littéralement foudroyante. J’estime qu’il y a beaucoup de gens qui sont malheureux, moi j’essaie de partager mon bonheur avec tous les autres», ajoute-t-il.
Au quotidien
Au cours de sa vie, Laurent Coderre a rencontré plusieurs légendes des arts. Il a travaillé avec le musicien américain Dave Brubeck, correspondu avec Picasso et en a rencontré bien d’autres comme Norman McLaren, magnat des films d’animation. Bien connu sur la scène mondiale pour toutes ses réalisations, il demeure néanmoins plus effacé, chez lui. Quelque chose qui lui plaît bien.
«Depuis une dizaine d’années, j’ai arrêté d’être dans le public et j’ai dû refuser plusieurs invitations, car mon cœur n’est qu’à 30% de ses capacités. Mais ça ne m’empêche pas de profiter de la vie. En fait, je ne compte plus le nombre de médecins qui m’ont dit que j’allais mourir depuis 15 ans.»

Tous les matins, Laurent Coderre se rend dans un endroit public, plus souvent qu’autrement un centre d’achat, et prend une marche, puis un café. Bien installé à une table, il sort son cahier et ses crayons et dessine les gens, dessine l’action qui se déroule et les gens autour de lui.

Même après avoir dessiné et peint des dizaines de milliers de tableaux, ce sont encore les petites choses qui lui font vivre les plus grands plaisirs. Chose certaine, une petite rencontre avec cet homme redonne envie de profiter du moment présent.

(Photo: Jacques Pharand)

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