Helena Scheffer travaille à la machine à coudre dans la salle d’exposition. (Photo: Jacques Pharand )
Courtepointes hautes en couleurs et en émotions
Helena Scheffer expose à la Galerie Ouest
Le mot courtepointe évoque souvent la notion de carrés multiples, assemblés avec une patience infinie. Toutefois, il n’y a rien de carré dans l’œuvre d’Helena Scheffer. Et son exposition, véritable explosion de couleurs, témoigne davantage de passion que de patience.
«Je suis tellement heureuse, je réalise un rêve que je nourris depuis très longtemps!», a-t-elle lancé, lorsque Cités Nouvelles s’est rendu à la Galerie Ouest, le 29 janvier. Rayonnante de joie, on aurait dit que l’artiste d’expérience, qui a exposé un peu partout en Amérique du Nord, en Europe et en Australie, en était à sa première exposition.En fait, c’est la première fois qu’elle accroche ses œuvres dans sa propre galerie, nouvellement aménagée dans une ancienne maison à logements du village de Sainte-Anne-de-Bellevue.
Après des mois de travail de rénovation, Helena Scheffer a finalement ouvert son petit centre d’exposition le 6 janvier 2008, mettant alors à l’honneur, les toiles de la peintre Jennifer Amiel. Cette semaine, la propriétaire a accroché ses magnifiques courtepointes, qui par leur originalité et leur profondeur artistique, transcendent grandement la pratique artisanale de cette activité traditionnellement féminine.
«J’aime faire les choses différemment, je n’utilise pas de patrons», explique la résidante de Beaconsfield. Bien qu’elle ait appris les techniques classiques de cet art, la résidante a développé au cours de ses vingt ans de création, un style unique, empreint d’une grande sensibilité. Les formes, les piquages, les tissus, rien n’est dans la norme. Vues de loin, ses courtepointes offrent aux yeux un festin de couleurs. Mais c’est en se rapprochant, que l’observateur peut apprécier pleinement les composantes multiples qui donnent toute sa richesse à l’œuvre.
Beaucoup de ses créations murales ont été inspirées de faits vécus et ont servi d’exutoire pour les émotions intenses de l’artiste. Dans une murale intitulée Catharsis, au centre de laquelle gît une silhouette noire, Helena Scheffer a donné libre cours à sa colère contre un homme qui a profondément heurté sa famille. «Dans ma courtepointe, je l’ai assassiné. Il brûle dans les feux de l’enfer et le piquage est en forme de toile d’araignée, la toile du mensonge», précise-t-elle.
Sur le mur adjacent, une œuvre utilisant la technique du transfert photographique, rend hommage à des membres de sa famille qui ont péri dans des camps de concentration. Bordée de croix gammées, l’œuvre intègre un tissu rayé comme celui des uniformes de prisonniers, et un piquage en forme de fils barbelés.
Une autre courtepointe illustre la crise du verglas de 1998. Agençant des tissus noir plus ou moins délavé, mettant à l’honneur un disque de coton blanc, l’artiste exprime sa perception de l’événement. «Il faisait si noir, mais la pleine lune faisait scintiller les branches glacées. C’était magnifique», ajoute-t-elle.
Malgré la dimension tragique de certains messages, c’est immanquablement la beauté, la perfection technique et la richesse des couleurs qui prennent le dessus. L’artiste n’utilise que des tissus de fibres naturelles comme le lin, le coton et la soie, qu’elle teint elle-même. D’ailleurs, le mot polyester est à proscrire dans cette exposition.
La Galerie Ouest est située au 37, rue Saint-Thomas, à Sainte-Anne de Bellevue. L’exposition d’Helena Scheffer se poursuit jusqu’au 3 février. Après quelques jours de relâche, elle reprendra le 12 février pour une autre semaine. Les artistes intéressés à exposer à la Galerie Ouest peuvent appeler au: 514 695-8249.