Le statut bilingue des sept villes de l'Ouest-de-l'île permet à la communauté anglophone d'obtenir des services dans leur langue. À lire autre texte en page 7.
(Photo: Jacques Pharand)
Le bon sens plutôt que la législation
Anglophones, n’ayez crainte, l’Ouest-de-l’Île demeurera probablement toujours un bastion majoritairement anglophone. En fait, les sept villes du Lac Saint-Louis (Dollard-des-Ormeaux, Pointe-Claire, Beaconsfield, Kirkland, Baie-D’Urfé, Sainte-Anne-de-Bellevue, Senneville) sont toutes des municipalités profitant du statut bilingue.
Pour profiter de ce statut entériné par l’Union des municipalités du Québec, les villes doivent compter plus de 50 % de sa population de langue maternelle anglaise.
Depuis 1999 donc, elles peuvent prodiguer leurs services à la population dans les deux langues. On parle ici des textes et documents destinés au public qui doivent être offerts en anglais, mais aussi en français. Ils permettent aux anglophones de mieux s’y retrouver.
En contrepartie, les deux arrondissements attachés à la Ville de Montréal, soit L’Île-Bizard–Sainte-Geneviève et Pierrefonds-Roxboro, demeurent des territoires francophones.
Gerry Arsenault du CLD de l'Ouest-de-l'Île croit toutefois qu’on devrait se montrer compréhensif. «Personnellement, je crois que tout le côté législatif pour dire que telle ville est francophone, bilingue ou anglophone est ridicule. C’est très simple, si la population d’une ville parle une autre langue, on doit offrir nos services dans les deux langages. C’est une question de simple courtoisie», dit-il.
Il s’agit donc de respect qui doit s’appliquer non seulement du côté municipal, mais aussi au niveau commercial. D’après Gerry Arsenault, il est plus que jamais possible de se faire servir dans l’une ou l’autre des deux langues dans l’Ouest-de-l’Île.
Est-ce qu’un statut bilingue d’une municipalité peut nuire à la langue française? «Du tout, répond-il. Car on respecte les besoins des deux. Si on regarde au Canada, la communauté acadienne du Nouveau-Brunswick et de l’Île-du-Prince-Édouard a réussi à survivre plus de 300 ans sans aucune législation pour les aider. «Aujourd’hui, le climat est si bon [dans ces deux provinces], qu’il n’est pas question et n’aura jamais été question de lois pour se protéger.»
Expérience gratifiante
Il y a plusieurs années, Gerry Arsenault travaillait dans une banque de l’Ouest-de-l’Île et avait besoin d’un nouvel employé pour effectuer des tâches administratives.
Ce nouvel employé allait être appelé à travailler directement avec la clientèle multilinguistique de la région. Un jeune de la Rive-Sud sortant directement du cégep a postulé sur le poste.
«Lorsque je l’ai reçu en entrevue, je sentais qu’il n’était pas du tout à l’aise avec la communauté anglophone, raconte-t-il. On sentait qu’il y avait de la haine à l’intérieur de lui. Il ne parlait pas un mot d’anglais, mais a tout de même accepté de travailler dans ces conditions-là.»
«Lors d’une réunion six semaines plus tard pour faire le point, je lui ai demandé à la blague comment il se sentait maintenant avec les maudits anglais. Il m’a répondu qu’il s’était fait berner par ses professeurs et amis lorsqu’il était jeune», rapporte M. Arsenault en guise d'exemple qui finit bien.
(Photo: Jacques Pharand)