Visite à la maternité de l'hôpital général du Lakeshore. (Photo: Jacques Pharand)
Accoucher au Lakeshore: une visite à la maternité
L’Hôpital général du Lakeshore, qui figure en queue de peloton du Palmarès des maternités de La Presse rendu public le 8 avril dernier, a ouvert ses portes à Cités Nouvelles cette semaine. Une occasion pour les spécialistes concernés de se prononcer et pour faire le point sur le travail effectué sur le terrain.
La performance médicale, le niveau de confort, l’ambiance et la qualité des services offerts; les 16 hôpitaux de la grande région de Montréal visités par La Presse ont été évalués selon ces critères. Le Lakeshore, qui s’est mérité un faible 1/5, a réuni ses principaux intervenants qui n’ont pas hésité à commenter le dossier.
«C’est certain qu’on est déçu par l’article qui a été publié, car notre personnel est dévoué et que les décisions sont toujours prises en fonction de la sécurité et du respect», maintient Louis-Pascal Cyr, adjoint à la direction générale de l’établissement. «Mais un palmarès demeure un palmarès. On parle d’une étude qui n’a pas la prétention d’être scientifique», précise-t-il.
«Si les interventions pratiquées auprès des patientes sont plus nombreuses ici, il faut toutefois reconnaître que nous sommes au 3e rang des plus faibles taux de mortinatalité. Il ne faut pas oublier que l’hôpital fait partie d’un CSSS, qui comprend une maison de naissance située à Pointe-Claire, une des deux seules à Montréal», note M. Cyr. «L’accompagnement par les sages-femmes figure parmi les options offertes», poursuit-il.
Aménagée au deuxième étage, la maternité ne vit pas au même rythme que le reste du centre hospitalier. Le climat est plus calme et le silence ambiant inspire les chuchotements. «C’est toujours comme ça», observe l’infirmière-chef de la salle d’accouchement et de l’unité post-partum, Louise Lacroix. «Les neuf chambres se ressemblent toutes, avec un lit de naissance, une salle de bain et un espace pour les papas. On ne sépare pas le bébé de sa mère et toute la famille peut rester ensemble. La pouponnière, qui comprend seulement quatre lits, est réservée aux bébés qui doivent être placés en observation.»
L’unité post-partum compte 12 chambres simples. «Ce à quoi on aimerait parvenir d’ici quelques années, c’est que les femmes résident dans la même chambre durant tout leur séjour à la maternité», révèle Louise Lacroix. «Avec plus de sous, je ferais aussi installer des bains thérapeutiques dans chaque chambre, parce qu’ils font de petits miracles pour atténuer les douleurs du travail», ajoute-t-elle.
Des moyens naturels de soulagement, comme le ballon ou la chaise à massage, sont mis à la disposition des mères. «On les encourage à travailler avec et non contre les contractions. Le recours à la péridurale demeure un choix personnel», explique l’infirmière-chef, qui tient à souligner le dévouement de son équipe.
«J’apprends beaucoup de mes infirmières, qui s’informent, se tiennent à jour et recherchent les meilleures façons de procéder. L’article a eu un gros impact sur elles…Je leur ai rappelé l’importance d’utiliser ces données pour continuer de s’améliorer en nursing», indique celle qui prend au sérieux les commentaires des patientes. «On soumet toujours un questionnaire aux femmes avant leur départ et je peux affirmer que la réponse est positive dans 99% des cas», assure-t-elle.
Une visite à la chambre de Katherine Chin, une nouvelle mère qui a accepté de partager un moment de son intimité avec son poupon, confirme les propos de la superviseure du département. «J’avais des craintes, car je ne gardais pas de bons souvenirs de mon premier accouchement dans un autre hôpital, mais je me suis immédiatement sentie confortable. Les infirmières sont merveilleuses, elles aiment leur travail et ça se perçoit. Tout s’est bien passé et vous pouvez admirer le formidable résultat!», sourit la maman de la petite Melissa-Chloé, paisiblement endormie à ses côtés.
Rejoint en conférence téléphonique, le chef de département à la maternité du Lakeshore, le Dr Gilles Mercier, a aussi tenu à réagir aux données du palmarès. «D’abord, on est dans les premiers en mortinatalité, ce qui est le plus important à mon avis, car on est là pour mettre au monde des bébés en santé. Quand j’ai commencé à pratiquer, en 1971, on parlait de 17,5 bébés sur 1000 et aujourd’hui on est à 1,9 au Lakeshore, un taux qu’on n’aurait jamais pensé obtenir un jour», soutient le gynécologue obstétricien.
À propos du recours à la péridurale, pratiquée dans une proportion de 85% au sein de l’établissement, le Dr Mercier insiste sur la volonté de la clientèle et sur l’accessibilité du service. «L’épidurale n’est pas une intervention, mais bien un moyen de soulager», rapporte le médecin, qui confirme qu’il n’y a pas eu l’ombre d’un cas de paralysie suite à une péridurale en 40 ans.
«Même chose pour le nombre d’épisiotomies, où on a regardé un seul côté de la médaille. Si on évite cette intervention et qu’il y a déchirure, ce n’est pas mieux…J’aimerais bien voir le taux de déchirure des autres établissements!» lance le spécialiste, qui reconnaît toutefois devoir diminuer le nombre de césariennes pratiquées. «On souhaite une baisse de 4% d’ici deux ans, mais je ne veux pas atteindre cet objectif au détriment ni des mères, ni des bébés», de conclure Dr Mercier.