Le domaine Montbriant, qui fut la résidence secondaire du Dr John L.Todd, a été conçu par Percy E. Nobbs.
(Photo: Marie-Claude Simard)
Le village de Senneville: un lieu historique national…
…et un secret bien gardé dans l’Ouest-de-l’Île
Le village de Senneville figure sur la liste des Lieux historiques nationaux de Parcs Canada depuis 2002. Le silence qui entoure cette désignation honorifique prive peut-être le public d’entrer en contact avec sa propre histoire, mais contribue grandement à maintenir l’intégrité des lieux.
Une plaque de la Commission des lieux et monuments historiques du Canada commémorant l’importance historique nationale de l’Arrondissement-historique-de-Senneville a été dévoilée, en septembre dernier. La Ville ne semble pas pressée de l’installer. «Le problème, c’est que tous les sites sont sur des propriétés privées. Même le fort de Senneville (bâti en 1703) est inaccessible au public», explique le maire, George Mcleish.
Pourtant, comme l’explique le conseiller municipal Jeremy Guth, en prenant exemple sur certaines villes européennes où l’État subventionne les propriétaires, il serait sûrement possible d’élaborer quelques circuits. «Il y a définitivement une résistance à ce genre de projet au sein du conseil, admet le résidant passionné d’histoire, à l’origine du projet de désignation. Lui-même indécis sur la marche à suivre, il ajoute, «c’est compréhensible, car nos citoyens ne veulent pas que Senneville perde son caractère paisible». C’est d’ailleurs pour cette raison entre autres, que le conseil tient à maintenir l’appellation «village» et non «ville», de Senneville.
Le village, situé à l’extrémité de l’Ouest-de-l’Île, est reconnu d’importance historique nationale parce qu’il illustre la synergie qui s’est établie entre les grands financiers montréalais du tournant du XXe siècle et certains des plus grands architectes canadiens de l’époque. Le lieu désigné englobe le secteur nord de la municipalité, entre la 40 et Pierrefonds-Roxboro, de part et d’autre du chemin de Senneville. On y trouve également de nombreux édifices secondaires d’importance historique comme des fermettes, maisons de thé, écurie, étable et résidences d’employés.
Villégiature de l’élite canadienne
Bien que certaines constructions remontent aux XVIIe et XVIIIe siècles et témoignent du régime seigneurial, la plupart datent du tournant du siècle dernier. À cette époque, le chemin de fer du Grand Tronc, inauguré en 1865, offrait un transport rapide et confortable vers l’Ouest-de-l’Île et permettait à l’élite canadienne de vaquer à des activités au centre-ville, tout en résidant au bout de l’île, principalement en été.
C’est sir John Abbott, qui devint premier ministre du Canada, qui a inauguré ce mouvement en faisant l’acquisition d’une demeure néogothique comme résidence secondaire. Lui ont succédé lesTodd, Angus, Meredith, Clouston et Forget, piliers l’économie québécoise et canadienne, qui menaient un train de vie de grands seigneurs.
Ces illustres politiciens, banquiers et commerçants ont fait appel aux meilleurs architectes et architectes-paysagistes de leur temps, notamment Percy E. Nobbs, Frederic law Olmsted et George Hyde.
Le hic, c’est qu’aujourd’hui, ces chefs-d'œuvre architecturaux du mouvement Arts and Crafts sont cachés derrière de hautes murailles et complètement inaccessibles au public. «Le meilleur temps pour les voir, c’est l’hiver, de dire Jeremy Guth. On peut marcher sur la glace du lac des Deux-Montagnes et les contempler dans toute leur splendeur», précise l’enthousiaste téméraire.
La nature
L’arrondissement historique renferme également des éléments naturels fort considérables, notamment le parc agricole du Bois-de-la-Roche, l’arboretum Morgan et le terrain de golf Braeside. «L’aspect le plus important de ce district, c’est la terre!», affirme Jérémy Guth. C’est d’ailleurs par souci de préservation de la nature que le résidant originaire des Etats-Unis a entamé les démarches auprès de la commission des Lieux et monuments historiques.
«À l’époque, on s’apprêtait à être fusionné avec Montréal ce qui nous inquiétait beaucoup», explique le conseiller. Ce dernier considère qu’à Senneville la vision du développement n’est pas du tout la même que dans les arrondissements adjacents. «Nous n’avons pas le même agenda qu’à Pierrefonds qui s’apprête à construire plus de 5000 domiciles à côté de chez nous, affirme-t-il. Au début on voulait inclure Pierrefonds dans la démarche de certification historique, mais on sentait bien que la volonté politique n’était pas là.»
Attablés autour de cartes du Village de Senneville et de l’île de Montréal, le maire et le conseiller pointent du doigt les espaces verts qu’ils entendent bien tous conserver. Il est clair qu’à Senneville progrès et développement riment avec statu quo.
(Photo: Marie-Claude Simard)