La doyenne du Manoir Pierrefonds, Adeline Lanno a fêté ses 100 ans le 1er juin. (Photo: Jacques Pharand)
Centenaire et sur terre
Au cours de sa vie, Adeline Lanno a fête à maintes reprises son anniversaire, mais celui de dimanche dernier a peut être été le plus spécial d’entre eux. Elle fêtait ses 100 ans d’existence.
Habituellement, on ne peut s’attendre de quelqu’un qui se rend aussi loin d’être toujours autant «sur terre».
En faisant une recherche rapide dans différentes publications, on ne retrouve généralement que des 100emes anniversaires de villes, édifices ou associations. Presque jamais ne retrouve-t-on de personnes centenaires, et c’est tout à l’honneur d’Adeline Lanno.
Et comme mentionné ci-haut, ce qui est impressionnant chez cette dame n’est pas nécessairement qu’elle ait vécu un centenaire complet, c’est qu’elle a encore toute sa lucidité, toute sa tête et une mémoire, littéralement d’éléphant.
«Je suis née à Montréal au 5874 Saint-André, entre les rues Boyer et St-Hubert, près du boulevard Rosemont, explique-t-elle simplement au journaliste, devant la stupéfaction des membres de sa famille. J’ai toujours vécu sur l’île, mais j’ai aussi demeuré à L’Île-Bizard et un certain temps à New-York.»
Adeline Lanno a donc vu le jour le 1er juin 1908 dans le quartier Rosemont. C’était plusieurs années avant qu’on donne aux femmes le droit de vote (1919), avant le naufrage du Titanic (1912), quelques mois avant le lancement du célèbre Ford modèle T et même un peu plus d’un an avant la fondation du Club de hockey Canadien (1909), tandis que Québec avait 300 ans. Et à cette époque, on ne pensait même pas possible l’avènement de technologies comme la télévision, le cellulaire ou Internet.
Mme Lanno s’est mariée à Raphael Dellaniello assez jeune et n’a jamais vraiment travaillé, si ce n’est qu’avant son mariage. Ensemble, ils ont eu deux garçons, Paul et Antoine. Ces derniers ont pu laisser à leurs parents deux petits enfants, un garçon et une fille.
Malheureusement, M. Dellaniello s’est éteint très tôt, en 1978, alors qu’il n’avait que 41 ans. Sa femme a donc déjà vécu près de deux fois et demie plus longtemps que lui, comme quoi on ne peut être sûr de rien dans la vie.
C’est justement ce qui est arrivé à Adeline, il y a un an et demi. Alors âgée de 98 ans, elle a eu un accident et une double fracture de la hanche.
«Lorsqu’ils l’ont mise dans l’ambulance, l’ambulancier nous a demandé de nous donner tous ses médicaments. On lui a répondu qu’elle n’en avait pas! Elle n’en avait jamais pris auparavant, qu’une aspirine de temps en temps. Le gars était abasourdi, comment une dame de cet âge-là pouvait ne pas avoir de médicaments!», raconte une de ses proches.
Et elle en est très fière. Parce qu’avant qu’arrive son accident et l’opération qui s’en est suivie, la dame était complètement autonome, même presque centenaire. Elle avait son appartement jusqu’à ce que cet événement la force à déménager au Manoir Pierrefonds, situé sur le boulevard Gouin.
«Jusqu’à mon accident, j’avais toujours fait mes repas et tout le reste. Même que quand c’est arrivé, j’avais un plateau de four dans les mains! Je suis contente dans un sens d’avoir 100 ans, mais en même temps j’aimerais être plus jeune. Jusqu’où j’aimerais me rendre, c’est difficile à dire. Une autre année ce serait assez, je commence à me sentir trop vieille», dit-elle sur un ton enjoué.
«On est vraiment très fier d’elle. Ce n’est pas l’âge qui est remarquable, c’est qu’elle ait vraiment toute sa tête, et aussi une mémoire incroyable», confie l’aîné de ses enfants, Paul.